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Courrier des spectacles, 19 prairial an VII / 7 juin 1799 [Adrien de Méhul]

La précipitation inévitable dans une première analyse a occasionné quelques erreurs qu’il aura été facile d’ailleurs de reconnaître, mais que nous rectifions ici.

Pharnaspe n’est point prisonnier d’Adrien au commencement de l’action. Il est libre au contraire, et vient réclamer Emirene, pour la liberté de laquelle il offre une rançon. Cosroès, comme on l’a dit, se mêle, sous le déguisement d’un soldat Parthe, parmi ceux qui composent la suite de Pharnaspe ; mais il ne suit point ce dernier dans les camps d’Adrien. C’est au retour de ses campagnes contre les Parthes qu’Adrien reçoit dans Antioche Pharnaspe et sa suite.

La coupe d’Adrien de Métastase est grande, élevée, hardie ; il y a de la profondeur dans le nœud de l’action, les scènes y sont amenées et liées savamment. Le poète y manie les passions avec art, il sait ménager un intérêt toujours progressif pour la catastrophe de chaque acte en particulier, sans nuire à celui du dénouement.

Le citoyen Hoffman, en tirant le parti le plus avantageux de son modèle, en a soutenu toute la dignité. Il a conservé à chaque personnage son véritable caractère. Il a même évité des défauts remarquables dans Métastase. Le poète italien, en sacrifiant sans doute au goût dominant de son siècle, s’est livré trop souvent à des concetti, à des comparaisons outrées, qui nuisent à la vraisemblance, ou plutôt à la nature même de la situation. Le citoyen Hoffman a judicieusement écarté cet abus des images poétiques. En un mot, si son poème offre quelques endroits faibles, plus généralement la marche en est belle, soutenue, le style en est relevé, rapide, et la versification harmonieuse.

Cet opéra est très bien joué. Le citoyen Laisnez donne au rôle d’Adrien, qui est du plus beau coloris, les tons si opposés, si difficiles à fondre, de grandeur et de faiblesse qui conviennent à un César épris des charmes d’une captive.

Dans le jeu, dans l’expression de physionomie, dans la déclamation du citoyen Adrien, remplissant le rôle de Cosroès, on reconnaît toute la fierté, tout le caractère fougueux et vindicatif de ce roi, aigri, mais non humilié par les plus grands revers.

Le citoyen Laforêt, chargé du rôle de Pharsnaspe, y a déployé du zèle et de l’intelligence.

Le jeu sage du citoyen Dufresne fait valoir le rôle peu important de Flaminius.

La citoyenne Henry, dans le personnage d’Emirene, obtient de justes applaudissements. Il y a peut-être trop de raideur et de sécheresse dans la manière dont elle répond à l’abord ironique de Sabine qui ne doit être vaincue que par le ton intéressant de sa rivale.

Quant au rôle sublime de l’impérieuse et jalouse Sabine, il est joué avec une grande perfection par la citoyenne Maillard ; elle y est vue, elle y est écoutée avec enthousiasme ; aussi obtient-elle de vifs et continuels applaudissements ; en effet, elle nuance avec délicatesse, elle peint avec force ou exprime avec sentiment, suivant que l’exigent les diverses passions qui caractérisent tour à tour ce superbe personnage.