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Comœdia, 13 juin 1912 [Roma de Massenet]

Opéra

Le quatrième acte de Roma a été volontairement écrit dans un caractère très sévère, par le Maître Massenet.

Cette sévérité est celle qui convenait à la fois au cadre et à la situation.

L’effet ne manque pas d’être très saisissant dès le lever du rideau, par le seul aspect du décor et de la mise en scène. Et, puisque j’écris le mot « décor », j’ajoute que ce serait là l’occasion d’une belle discussion avec ceux qui prétendent en faire seulement des sortes de fresques décoratives, d’où sont bannies toutes les nécessités de la vie, du trompe-l’œil, et aussi les obligations de se conformer rigoureusement à un style.

Le décor de la Curia Hostilia obéit rigoureusement à ces obligations. Le peintre n’a pas cherché autre chose qu’à donner une impression d’exactitude. Et il a eu raison.

Après avoir composé son décor de façon à lui donner un aspect d’imposante grandeur, il a imité rigoureusement le marbre, le bronze et la pierre. Puis il a reconstitué d’une façon impeccable le style romain. Nous avons donc devant les yeux une salle immense, à double colonnade, et des gradins sur lesquels sont assis les sénateurs, tous revêtus de la toge.

De cette rigidité, de cette froideur, de cette monotonie d’aspect qu’offre la foule des personnages, provient l’impression saisissante que l’on éprouve.

Dans cet acte le Maître Massenet n’a point permis à sa muse tendre et amoureuse d’apparaître. Il n’a même pas pensé à placer un grand air à effet. Cela lui eût été facile cependant, avec les trois principaux protagonistes. Posthumia et Fabius sont tragiques et douloureux. Fausta, toute de jeunesse et d’amour, est résignée à expier sa faute. Il pouvait là, placer le charme de quelque mélodie mélancolique qui eût peint les regrets de la vestale coupable. Il ne l’a pas voulu, afin de suivre la gradation dramatique qu’il se proposait, gradation qui aboutit à l’arrivée de Posthumia, il a donné dans cette scène toute la prépondérance à la déclamation et aux mouvements de la vieille aveugle. Celle-ci va et vient, au hasard, cherchant à pénétrer le mystère angoissant que lui cachent les ténèbres ; et c’est peu à peu qu’elle le devine, traduisant ses impressions par une succession de récitatifs de plus en plus pressants, jusqu’au moment où s’impose à son esprit la douloureuse certitude.

Mlle Lucy Arbell a supérieurement établi cette scène.

Comprenant admirablement toutes les intentions du Maître, elle les exprime avec le degré voulu, et elle accentue sa déclamation, à mesure que la réalité se précise.

À l’autorité de M. Delmas, autorité empreinte d’énergie et de résignation, elle répond par un cri d’horreur. C’est en se traînant à genoux qu’elle clame sa douleur.

Ce jeu de scène est d’un fort beau mouvement dramatique.

Et, puisque je me suis attaché aujourd’hui plus spécialement au quatrième acte, je dirai encore que Mme Kousnezoff y traduit avec une grande intensité vocale, en même temps qu’un sentiment très attachant, l’âme noble de Fausta soumise à la volonté des dieux.

M. Journet chante les quelques récits du Pontife avec beaucoup de grandeur et de simplicité.

L. BORGEX.

    Personne - 1
  • MASSENET, Jules (1842-1912)
  • Œuvre - 1
  • Roma (Cain / Massenet)