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Journal de Paris, 16 mars 1797 [Médée de Cherubini]

SPECTACLES
Théâtre de la rue de Feydeau

L’opéra de Médée, parons d’Hoffman, musique de Cherubini, annoncé & attendu depuis longtemps, a été donné avant-hier. Le succès a été complet, & l’exécution aussi bonne que le comporte une première représentation. Le sujet de Médée n’est pas, comme on sait, susceptible de beaucoup d’intérêt ; les grands hommes qui l’ont déjà traité, n’ont pu sauves la bassesse du rôle de Jason & l’atrocité des crimes de Médée. Le musicien n’avait donc d’autres ressources que les richesses de son art, & il les a employées avec une grande habileté. Ouvertures, car chaque acte a la sienne, récitatifs, duo & trio dialogués, morceaux d’ensemble, marches, chœurs, accompagnement, tout est riche en mélodie & parfaitement adapté aux mouvements de la scène.

L’exécution est telle qu’on avait droit de l’attendre de la réunion des talens des artistes employés au théâtre, tant pour la partie du chant & du jeu de la scène, que pour la partie instrumentale. Les représentations suivantes ne feront qu’ajouter à l’effet par l’accord plus intime entre tous les exécutants.

Depuis longtemps, l’administration de ce théâtre, convaincue que, pour les sujets héroïques, les costumes & les décorations sont une partie intéressante, s’est attaché des machinistes & peintres habiles. Roméo & Juliette, le Mont-Bernard & autres opéra ont déjà prouvé leurs talens ; mais ce dernier ouvrage doit fixer leur réputation. Le bel effet de perspective dans la décoration du 2d acte, & l’accord heureux de tous les objets offerts à la vue dans celle du 3e, ne laissent rien à désirer. Médée, après avoir conjuré les enfers à la vue des spectateurs sur les hauteurs d’une montagne couverte d’arbres & de rochers, descend & fait réfugier ses enfans dans un temple. Poursuivie par Jason, elle entre dans ce temps, égorge ses enfants, se précipite dans un gouffre de feu qui la conduit aux enfers : le temps s’enflamme ; le feu se communique au palais de Créon, dont une aile paraît dans le lointain ; alors on voit un embrasement général qui représente & produit tous les effets de l’incendie.

Les auteurs ont été demandés : Cherubini a paru, & les applaudissemens lui ont été prodigués avec transport. Les décorateurs ont été également demandés ; Boullet a paru, & les frères Alegotti se sont refusés au désir du public ; enfin Mme Scio, demandée avec persévérance, est venue recevoir des applaudissemens que méritent & son jeu & son chant dans le rôle de Médée. — On a jeté sur le théâtre des vers à la louange de Cherubini ; ils ont été lus par Gavaux & fort applaudis.

    Personne - 1
  • CHERUBINI, Luigi (1760-1842)
  • Œuvre - 1
  • Médée (Hoffman / Cherubini)