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L’Art musical, 17 octobre 1861 [séance publique de l’Institut]

SEANCE ANNUELLE DE L’ACADEMIE DES BEAUX-ARTS.

Samedi dernier, la salle de l’Institut n’était pas assez grande pour contenir le public d’élite qui s’y pressait. L’Académie des beaux-arts donnait sa séance publique annuelle sous la présidence de M. Reber. Aux places réservées pour les académiciens, on remarquait MM. Villemain, Flandrin, Ambroise Thomas, Berlioz, Picot, le baron Taylor, Georges Kastner, Clapisson, etc., etc. La séance a commencé par l’exécution d’un andante et d’un scherzo de M. Bizet, grand prix de l’année 1857, élève de M. Halévy et de feu M. Zimmermann. Ces deux morceaux sont l’œuvre d’un habile musicien. Le public les a très bien accueillis. M. Signol a lu ensuite le rapport de M. Halévy sur les travaux des pensionnaires de l’Académie impériale de France à Rome. Parmi les diverses appréciations de l’Académie, nous sommes heureux d’avoir à constater les éloges qui ont été donnés aux compositions musicales d’un musicien d’avenir, M. Samuel David. […] L’exécution de la cantate de M. Dubois, élève de MM. Ambroise Thomas et François Bazin, a succédé à l’intéressante notice de M. Halévy. En composant la scène qui lui a valu le premier grand prix de composition musicale, M. Dubois a déployé une singulière énergie. Peu de jours après son entrée en loge, et à peine avait-il ébauché les premières pages de sa composition, qu’une maladie terrible vient l’atteindre. Il lutte quelque temps, puis il tombe vaincu par ce hideux mal qu’on appelle la petite vérole. Tandis que ses rivaux, tout entiers à leur ouvrage, travaillent avec l’enthousiasme et la foi de la jeunesse, lui, étendu sur un lit de douleur, voit, avec le terrible mal, s’évanouir une à une toutes ses espérances. La solitude et le silence de sa cellule ne sont troublés que par ses plaintes et par le murmure lointain de la musique de ses camarades. Tout autre à sa place eût abandonné cette situation pleine d’angoisses et de danger, en renonçant à son concours. M. Dubois, lui, ne se décourage pas ; il résiste à la douleur, au découragement. En admettant qu’il guérisse, le temps qui marche peut ne pas lui laisser achever son œuvre. N’importe, rien n’ébranle l’énergie du jeune concurrent. Il reste en loge, et à peine sa convalescence est-elle déclarée, qu’il se remet au travail et termine son ouvrage. Le Camoens ne déploya pas plus de courage lorsque, assailli par une tempête, il se sauva à la nage, tenant son poëme de la main droite et nageant de la main gauche. C’est dans ces conditions si peu favorables à l’inspiration que M. Dubois a composé sa cantate. On ne s’en doutait pas. Sa composition est très remarquable. Elle dénote un musicien très distingué, dont le talent grandira encore avec les années. La cavatine chantée par Mlle Monrose, la romance de Chactas, la prière du Père Aubry, le duo final, sont les morceaux les plus saillants de cette partition. Ils ont été vivement applaudis. Bien certainement, la cantate d’Atala prendra sa place à côté des belles cantates qui ont valu le grand prix à MM. Halévy, Ambroise Thomas, Gounod, François Bazin, Georges Bousquet, etc., etc. Mlle Monrose, MM. Warot et Battaille ont interprété l’œuvre de M. Dubois d’une manière irréprochable et avec beaucoup de succès. La séance de l’Académie des beaux-arts s’est donc terminée brillamment et à la satisfaction générale. 

LEON ESCUDIER.

    Personnes - 2
  • BIZET, Georges (1838-1875)
  • DUBOIS, Théodore (1837-1924)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • Atala (Victor Roussy)