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L’Art musical, 24 novembre 1864 [Ivanhoé de Sieg]

Les extrêmes se touchent. Jeudi c’étaient les adieux du vétéran ; le lendemain, vendredi, le jeune conscrit faisait ses premières armes. La même Académie impériale de Musique exécutait la cantate couronnée au concours pour le grand prix de Rome. Nous avons déjà annoncé ici même que, lors de la réception officielle des lauréats aux Tuileries, S. Exc. M. le maréchal Vaillant, ministre de la Maison de l’Empereur et des beaux-arts, interprétant et satisfaisant de la façon la plus large, la plus bienveillante et la plus libérale les vœux du monde musical, avait assuré à M. Sieg, auteur de la cantate couronnée, que son œuvre serait représentée sur une de nos scènes lyriques. C’était justice. Elle l’a été à l’Opéra ; c’est plus que de la justice, c’est de la munificence. Seulement, – et l’on aura remarqué que nous avons employé à dessein les deux mots exécutée, quand nous avons constaté le fait, et le mot représentée, quand nous avons rappelé la gracieuse promesse de M. le ministre, – malheureusement l’Académie impériale de Musique n’a pas cru devoir donner une trop large interprétation à cette promesse. Elle a strictement obéi à l’ordre reçu ; elle a fait exécuter la cantate. Quant à la faire représenter, il aurait fallu des costumes, un décor ; elle y a regardé à deux fois, et s’est décidée pour les habits de ville. Il n’y a pas, paraît-il, de petites économies. C’est un tort. Avec quelques costumes pris au magasin et un décor même vieux, on eût pu jouer cette cantate plus d’une fois. Mais vous imaginez-vous le chevaleresque Ivanhoé en habit noir, et la belle et poétique Rebecca, de Walter Scott, en toilette de bal ! La représentation a été donc réduite à une simple audition. La cantate est intitulée Ivanhoé. L’auteur des vers – nous ne dirons pas des paroles, parce qu’elle est assez éloquemment écrite et bien rimée, – M. Victor Roussy l’a taillée dans la belle épopée en prose de Walter Scott. Il a choisi cette belle et dramatique page de la courageuse défense de la juive, prisonnière et condamnée à mort, à la suite de l’accusation du farouche Brian de Bois-Guilbert, qui la poursuivait de son amour. Ivanhoé arrive, se fait le champion de la belle prisonnière, affirme son innocence et provoque le persécuteur à un combat dont la délivrance de Rebecca est le prix. Il est vainqueur et la juive est libre. La cantate de M. Sieg se compose d’une ouverture sagement écrite, d’une romance d’un sentiment exquis, d’un air auquel une mélodie plus arrêtée eût donné un grand charme, d’un duo dans lequel les deux voix se marient avec succès, et d’un trio final qui trahit encore un peu d’inexpérience des morceaux d’ensemble, dont la facture est si difficile pour les jeunes musiciens. Le public a écouté l’œuvre du lauréat avec intérêt et bienveillance ; il lui a donné plus d’une fois des marques non équivoques d’encouragement et d’approbation. Hâtons-nous de dire que les trois artistes chargés des trois rôles, Mlle de Taisy, MM. Demestre et Morère, les ont remplis avec le même zèle qu’ils auraient mis à l’interprétation de l’œuvre d’un grand maître, – et le public, qui l’a remarqué, leur en a su gré et le leur a prouvé. […] Les autres années, on exécutait sous la rotonde de l’Institut la cantate couronnée pendant l’année. Cette fois, la cantate est passée de l’Académie à la scène. Ce n’est pas un mal pour la cantate ; c’est une perte pour le public friand des séances académiques… Mais il faut en faire son deuil, on ne peut pas tout avoir ; on ne peut pas être applaudi tout à la fois à la scène et à l’Institut. – Pourquoi ? demandera-t-on. – En effet, pourquoi ? Tout à la fois, non ; successivement, oui. 

    Personne - 1
  • SIEG, Charles-Victor (1837-1899)
  • Œuvre - 1
  • Ivanhoé (Roussy / Sieg)
  • Thèmes - 2
  • Lieux de musique – Salle Le Peletier
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Livret - 1
  • Ivanhoé (Victor Roussy)