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L’Art musical, 25 octobre 1877 [séance publique de l’Institut]

INSTITUT DE FRANCE. SÉANCE SOLENNELLE DU 20 OCTOBRE.

Cette séance a été fort intéressante et plus belle qu’on ne l’espérait. Il n’y avait pas eu de grand prix de composition musicale et l’on pouvait craindre que la partie lyrique de la cérémonie ne laissât, par cela même, passablement à désirer. Il faut approuver l’Académie d’avoir décidé que la cantate ayant obtenu le second prix serait exécutée, car cette cantate est une œuvre fort remarquable dont nous parlerons plus loin. La cérémonie, attendue chaque année avec impatience, laissera encore les meilleurs souvenirs. […] C’est par les Bacchantes, ouverture de M. G. Salvayre, qu’a débuté la séance. L’orchestre était, comme toujours, formé par des artistes de l’Opéra et de l’Opéra-Comique. Cette ouverture est une page digne de l’auteur du Bravo : beaucoup de verve, de la poésie, de l’invention et une parfaite netteté de facture ; orchestration colorée et dénotant une grande habileté. La cantate de M. Blanc a plu énormément. C’est une scène d’une facture fort élégante. Son jeune auteur est un musicien au goût délicat, à la plume distinguée ; il semble ennemi mortel de la banalité. Sa Rébecca de la Fontaine est, de la première mesure à la dernière, d’une irréprochable distinction de pensée et de forme. Loin de rechercher un succès facile par des moyens usés, M. Blanc ne fait aucune concession ; au besoin, il doit sacrifier sans hésiter une période brillante, s’il juge qu’elle puisse même très légèrement faire tache, ou du moins altérer l’harmonie d’un morceau. C’est, en un mot, un excellent musicien qui possède un sentiment juste et doit professer pour son art une respectueuse admiration ; la musique doit être pour lui l’objet d’un culte. M. Blanc, comme M. Salvayre, est élève de M. François Bazin ; la séance de samedi a fait aussi grand honneur au maître. Ajoutons cependant que M. Salvayre, s’il a travaillé l’harmonie avec M. Bazin, a travaillé la composition avec M. Ambroise Thomas. Mais quelle piètre cantate que cette Rébecca à la fontaine ! Le sujet est terne ; la scène est monotone. Rarement les concurrents pour le prix de Rome furent aussi mal partagés, sous ce rapport, qu’en l’an de grâce 1877. La cantate de M. Blanc a été fort bien chantée par Mlle Mendès, MM. Manoury et Furst. Cette scène lyrique n’a obtenu qu’une seconde nomination et cela nous étonne, car il est arrivé que des cantates inférieures à celle-ci ont remporté le grand prix. L’Académie s’est montrée, ce nous semble, bien sévère.

    Personnes - 2
  • BLANC, Claudius (1854-1900)
  • SALVAYRE, Gaston (1847-1916)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • Rebecca à la fontaine (Pierre Barbier)