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L’Art musical, 25 octobre 1883 [séance publique de l’Institut]

ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS. SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE.

C’est samedi que cette séance, toujours impatiemment attendue, a eu lieu à l’Institut. Il y avait foule, c’est l’usage ; toutes les belles places étaient données depuis longtemps, et il y avait au moins deux ambitieux ou ambitieuses guettant chacune des plus modestes places. Cet empressement aux grandes séances académiques est un spectacle consolant, à notre avis. Ce spectacle prouve que l’opérette, le boulevardisme et les petites ordures qui se vendent aujourd’hui sur les trottoirs de Paris, ordures de toutes sortes, ne sont pas les seules choses dont s’occupent les Parisiens. L’Académie, avec ses grandes traditions, ses règles sévères, représente l’esprit conservateur par excellence, ce culte du beau pur qui ne saurait se perpétuer sans le respect rigoureux de la forme. Messieurs les fantaisistes nous permettront d’écrire cette longue phrase, peut-être un peu lourde, avec tout la conviction qui peut exister dans un cœur d’artiste. Ils nous permettront également de nous réjouir de l’empressement quasi religieux avec lequel les solennités académiques sont suivies. La séance de samedi a débuté par une très remarquable ouverture de M. Samuel Rousseau, prix de Rome. Cette page intéressante a été fort applaudie.

[…] Après le discours on a procédé à la distribution des prix. Nous ne mentionnerons que les distinctions artistiques entrant dans notre spécialité. COMPOSITION MUSICALE : Premier grand prix : M. Paul-Antonin Vidal, élève de M. Massenet. Premier second grand prix : M. Achille-Claude Debussy, élève de M. Guiraud. Deuxième second grand prix : M. Charles-Olivier René, élève de M. Léo Delibes. […] Enfin la séance s’est terminée par l’audition de la cantate le Gladiateur, paroles de M. Moreau, musique de M. Vidal. Lors du concours où cette cantate obtint le brillant premier prix dont on se souvient, nous avons parlé de l’œuvre de M. Vidal. Inutile donc d’en détailler de nouveau les belles pages. Disons seulement que l’orchestre et le prestige d’une exécution publique ont complètement mis en relief cette composition dont la fraîcheur d’idée et la force dramatique sont vraiment très remarquables. M. Vidal, quoiqu’il n’ait que vingt ans, promet à la scène un compositeur hors ligne. Il possède l’inspiration et sait déjà mesurer ses développements de façon à être concis, à ne dire que juste ce qu’exige la situation. Pas de remplissage, pas le moindre verbiage dans ce Gladiateur ; mais de la franchise, de l’originalité et une entente très appréciable de la scène. Le sentiment est toujours juste, l’expression est forte, nette ; c’est là de la musique vraiment théâtrale et conçue sagement ; nous voulons dire que M. Vidal reste dans la vérité et les proportions justes en évitant ausi bien les formes surannées que les trop excentriques recherches des modernes algébristes musicaux. Le public a fait un accueil très chaleureux à cette partition. Nous sommes heureux de ce succès qui vient confirmer celui obtenu déjà par M. Vidal devant les juges inflexibles qui composent le jury de l’Institut. L’exécution du Gladiateur a été excellente. Mlle Lureau a chanté le rôle de Fulvie avec un sentiment exquis et d’une voix adorable. Elle a dit supérieurement la belle phrase du duo qui a fait passer un frisson dans l’auditoire. Toute cette scène a eu du reste un grand succès dont une part revient à M. Muratet-Narbal. Éloges aussi à M. Fournets. C’était plaisir que d’entendre ensemble ces trois voix jeunes et belles. Le trio final a également produit un grand effet. La séance s’est terminée au bruit des bravos. Pour notre part, nous avons rarement passé deux heures aussi charmantes à l’Institut. La solennité de 1883 comptera parmi les plus mémorables.

JULES RUELLE.

    Personne - 1
  • VIDAL, Paul (1863-1931)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Livret - 1
  • Gladiateur, Le (Émile Moreau)