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L’Art musical, 29 octobre 1874 [séance publique de l’Institut]

Il y a eu cette semaine la séance de l’Académie des Beaux-Arts, à l’Institut de France. On y a entendu une ouverture de M. Henri Maréchal, élève de M. Victor Massé, qui m’a paru fort bien conçue et non moins bien conduite ; point d’abus de sonorités, bon agencement des voix instrumentales. C’est l’envoi d’un des pensionnaires de la Villa Médicis. Il paraît que ces jeunes gens sont obligés d’envoyer tous les ans un travail quelconque : les peintres, des tableaux, originaux ou copiés d’après les grands maîtres ; les sculpteurs des statues ou groupes ; et les musiciens… une ouverture ! C’est beau une ouverture, mais est-ce bien assez pour représenter le travail de toute une année ? J’en faisais l’observation à un des grands prêtres de l’art, à un de ceux qui tiennent à garder intact le palladium des traditions (lisez routine). – Ne vaut-il pas mieux une ouverture que rien du tout ! me répondit-il. – Devant cet argument je m’inclinai vaincu. On a entendu aussi la Scène lyrique, – j’ai enfin obtenu qu’on ne l’appelât plus Cantate, mais cela n’a pas été sans peine ; j’ai dû le demander dix ans durant. – la scène lyrique du nouveau lauréat au concours de composition musicale de cette année, pour le grand prix de Rome, M. Ehrhart, élève de M. Reber. L’exécution a eu lieu à grand orchestre ; les chanteurs étaient Mme Hirsch-Mudier, M. Nicol et M. Brion d’Orgeval. On a beaucoup applaudi, – comme toujours, du reste. L’œuvre du jeune lauréat n’eût-elle pas été remarquable, qu’on aurait applaudi tout de même. On est si poli à l’Académie ! On se dit surtout que c’est la seule satisfaction d’amour-propre donnée à l’heureux vainqueur du concours, et qu’il serait cruel de ne pas lui témoigner les plus vives sympathies. En effet, la petite partition une fois exécutée à l’Institut, que devient-elle ? Ce que deviennent les vieilles lunes. Elle disparaît et l’on n’en parle plus.
          Elle a vécu Myrtho, la belle Tarentine !
Un moment on avait adopté le système de donner une fois ou trois fois, peu importe, la scène lyrique couronnée à l’Opéra ou à l’Opéra-Comique. Comme on ne la joue pas avec décors et costumes, le directeur le directeur ne se ruinait pas en frais de mise en scène. Mais comme la mesure était excellente, on s’est hâté de l’abandonner. C’est beau d’avoir pour auditoire un parterre de membres de l’Institut et d’Immortels ; mais comme, par cela même, l’auditoire n’est pas très nombreux sous la coupole de l’Académie, il serait préférable d’ajouter à cette audition, aussi grave qu’importante, celle qui aurait lieu dans un théâtre, à l’Académie de musique ou à la salle Favart. Ne désespérons pas. Qui sait ! dans dix ans on y reviendra. Il faut du temps pour laisser mûrir les grands desseins !…

    Personnes - 2
  • EHRHART, Léon (1854-1875)
  • MARÉCHAL, Henri (1842-1924)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • Acis et Galatée (Eugène Adenis)