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L’Art musical, 31 octobre 1886 [séance publique de l’Institut]

SÉANCE DE L’INSTITUT.

L’institut a donné hier sa séance annuelle. On y exécutait deux compositions musicales : une Ouverture de M. G. Pierné et la Cantate couronnée de M. Savard, grand prix de Rome de cette année. Nous avons eu souvent l’occasion de parler du premier de ces deux jeunes gens, qui s’affirme chaque jour comme un musicien de race et d’originalité. L’ouverture que nous venons d’entendre est fort intéressante dans ses deux mouvements. Le deux temps, net d’idée, bien d’aplomb d’instrumentation pose carrément un motif d’une excellente allure mélodique servant à la fois d’introduction et de péroraison au morceau. Dans le trois temps qui suit, fort habilement amené, nous avons remarqué un solo de trombone très franc, très souple dans ses développements. Le jeune compositeur y témoigne une fois de plus de la clarté de ses tendances. M. Pierné a beaucoup prouvé dans ses œuvres instrumentales déjà nombreuses et partout exécutées. Il retrouvera au théâtre le succès qui l’accueille au concert ; car c’est là surtout que la franchise de conception est nécessaire, et peu, parmi les derniers lauréats, l’ont naturelle comme lui. La cantate de M. Savard, que nous ne connaissions encore qu’au piano, nous a produit à l’orchestre une meilleure impression. Le défaut de ce jeune homme, dont les qualités sont nombreuses, est de ne pas s’abandonner. Il sait que beaucoup parlent sa langue et craint de la parler comme les autres. Cette préoccupation flagrante au début de sa cantate s’efface peu à peu, et quand le musicien s’échauffe, la pensée vient expressive et généreuse. Le trio et l’hymne sont là pour le prouver. M. Savard est trop harmoniste. Qu’il consente à moins contenir sa verve, qu’il ne contrarie pas la spontanéité de son inspiration et ses inégalités d’allure disparaîtront. Le tempérament se devine en lui, mais encore emprisonné. Comme un grand nombre de ses camarades, il manie l’orchestre avec habileté. Quelques détails de son instrumentation méritent d’être remarqués. Les soli étaient consciencieusement chantés par Mlle Leroux, MM. Vergnet et Auguez.

A.H.

    Personnes - 2
  • PIERNÉ, Gabriel (1863-1937)
  • SAVARD, Augustin (1861-1942)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • Vision de Saül, La (Eugène Adenis)