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L’Art musical, 8 juillet 1875 [prix de Rome]

CONCOURS POUR LE PRIX DE ROME.

Cette intéressante séance a eu lieu samedi à l’Institut, et, selon l’usage, en présence d’un public peu nombreux, mais intelligent et sympathique aux jeunes concurrents. Voilà bien des années que nous suivons ces concours de l’Institut, et malgré tout ce qui a été dit et écrit contre le prix de Rome, nous persistons à trouver l’invention fort bonne, en principe, du moins ; il n’y aurait que quelques détails à modifier. En effet, chaque année, nous avons vu la plus vive émulation parmi les concurrents et même dans toute la jeunesse musicale, quand l’heure suprême approchait. Ces concours sont le premier pas sérieux dans la carrière, pour les compositeurs, et, ne l’oublions pas, c’est un sujet d’excellent travail. Puis, est-il bien sûr que l’existence assurée pendant trois ans soit chose si mauvaise, pour qui a besoin de se creuser la cervelle avant de commencer la grande bataille de la vie ? La séance de cette année a été remarquable : on a entendu de bonne musique, reconnu chez les concurrents de sérieuses tendances scéniques. Il y aura plus d’un compositeur théâtral parmi ces jeunes musiciens, et l’on doit s’en féliciter. Le Grand Prix a été décerné à M. Wormser, élève de M. François Bazin (7 voix sur 8 le vendredi, 21 voix sur 30, au vote de l’Institut). C’est pour M. Wormser un succès brillant. Sa cantate se distingue par une déclamation vigoureuse, nettement colorée ; beaucoup d’expression dramatique et des idées mélodiques originales. Mme Krauss, MM. Bouhy et Bosquin ont supérieurement interprété l’œuvre couronnée. En second, par ordre de mérite, on peut classer la cantate de M. Marmontel qui, de toutes, était la plus scéniquement écrite et peut-être la plus mélodique. M. Marmontel est certainement destiné à remporter bientôt le premier prix, et dès aujourd’hui, on peut lui prédire de brillants succès au théâtre. M. Dutacq, élève de M. Reber, et qui concourait pour la première fois, a obtenu une mention honorable. Il y a de charmantes idées dans son œuvre, ainsi que d’agréables détails ; mais M. Dutacq devra s’attacher à l’étude des maîtres de la scène. La cantate de M. de la Nux nous a plu beaucoup par son allure vigoureuse, ses grands mouvements et ses élans passionnés. Il y a de l’étoffe chez ce jeune musicien. MM. Pope et Hillemacher ont fait apprécier un excellent sentiment musical et de notables progrès. Enfin, répétons-le, nous avons été grandement satisfait du concours de 1875. Que l’on se hâte de nous rendre une scène où la jeunesse puisse se faire juger par le public, car la jeunesse travaille ; elle promet pour l’avenir des auteurs féconds et véritablement français.

J.L.V. 

    Personnes - 5
  • DUTACQ, Amédée (1848-1929)
  • HILLEMACHER, Paul (1852-1933)
  • MARMONTEL, Antonin (1850-1907)
  • VÉRONGE DE LA NUX, Paul (1853-1928)
  • WORMSER, André (1851-1926)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale