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L’Illustration, 9 octobre 1847 [séance publique de l’Institut]

La séance publique annuelle de la distribution des grands prix de l’Académie royale des Beaux-Arts a eu lieu samedi au palais de l’Institut. Suivant la coutume, dès midi, la foule qui se porte tous les ans à cette intéressante solennité encombrait les abords du dôme du vieil hôtel des Quatre-Nations. […] Conformément au programme et à l’ordre fixés sans doute depuis le temps où l’on décerne des grands prix, la séance a commencé par une ouverture à grand orchestre. M. Renaud de Vilback, pensionnaire de l’Académie de France à Rome, en est l’auteur. C’est toujours avec peine que nous voyons se continuer l’usage d’exécuter de la musique, et de la musique de jeunes gens, dans un local aussi peu favorables aux exécutions musicales. Des œuvres de maîtres, au mérite reconnu, à la réputation consacrée, ne risquent pas de compromettre leurs auteurs, dans quelques conditions qu’on les présente au public. Mais on ne peut, en conscience, juger ainsi un ouvrage qu’on entend pour la première fois. Nous attendrons donc une autre occasion pour connaître et vous dire la juste valeur du morceau symphonique de M. Renaud de Vilback. […] La séance s’est terminée par l’exécution de la cantate qui a remporté le grand prix de composition musicale. Ce moment est toujours attendu avec impatience, car on peut dire que la musique est la chose la plus importante de cette solennité. Le sujet que les musiciens avaient à traiter cette année était tiré de la Bible. Tout le monde connaît l’histoire de l’Ange et Tobie. Ce sujet, qui peut prêter matière à un bel oratorio, ne nous semble pas heureusement choisi, lorsqu’il s’agit principalement de mettre en évidence les facultés dramatiques d’un jeune compositeur. C’est à cette cause sans doute qu’il faut attribuer la couleur quelque peu monotone de la musique de M. Deffès, laquelle, d’ailleurs, est écrite avec talent. L’introduction, particulièrement, est fort bien conçue : le premier récitatif est déclamé dans un bon sentiment ; la romance qui le suit est un charmant morceau, plein d’expression poétique et de triste rêverie. Le reste de la cantate ne répond pas à ce début, qui mérite des éloges sans restriction. Le duo du jeune Tobie et de l’Ange est une conversation passablement froide, qu’on doit peut-être reprocher au poète autant qu’au musicien. Mais où celui-ci nous paraît seul en défaut, c’est à l’arrivée du vieux Tobie, et à l’instant où le vieillard revoit la lumière. Ces situations, d’un caractère très-élevé, étaient bien faites pour inspirer autre chose qu’un trio d’une mélodie vague et d’une harmonie un peu bien tourmentée ; un élan de l’âme autrement grandiose que la péroraison de ce trio, sur le cri du vieux Tobie : je suis sauvé ! je vois ! Dans le trio final, M. Deffès a mieux senti et rendu le moment où l’ange s’élève au ciel. Il y a là un bel effet d’harmonie qui, par malheur, n’est pas assez développé ; mais l’intention en est excellente. Et c’est surtout de ces bonnes intentions qu’il faut tenir compte dans une œuvre du genre de celle du concours de l’Institut. La cantate de M. Deffès a été interprétée par mademoiselle Grimm, MM. Roger et Alizard. Il est inutile d’ajouter qu’elle a été bien chantée. Quant aux détails de la partie instrumentale, il faudrait, pour en juger, les avoir entendus dans un local mieux ménagé selon les règles de l’acoustique. G. B.

    Personnes - 2
  • DEFFÈS, Louis (1819-1900)
  • RENAUD DE VILBAC (1829-1884)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • Ange et Tobie, L' (Léon Halévy)