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La France musicale, 11 octobre 1857 [séance publique de l’Institut]

ACADEMIE DES BEAUX-ARTS. DISTRIBUTION DES PRIX. 

Les cinq Académies réunies ont tenu, samedi dernier, au palais de l’Institut, leur séance annuelle publique. Cette fois les fauteuils de MM. les académiciens étaient assez bien garnis. La foule, comme d’habitude, se pressait compacte et brillante dans la salle ordinaire des séances, M. Hittorff, présidait ; il avait à sa droite M. F. Halévy, secrétaire perpétuel, et à sa gauche M. Robert Fleury.

Il y a eu cette année deux cantates couronnées. Le sujet du concours était la conversion et le baptême de Clovis après la bataille de Tolbiac. Les trois personnages mis en scène par M. Burion, jeune poëte, qui occupe, nous a-t-on dit, un modeste emploi au chemin de fer du nord, sont : Clotilde, Rémy et Clovis. Clotilde exhale son amour pour Clovis dans une romance bien sentimentale pour l’époque où se passe l’action. Rémy lui prédit que le roi reviendra vainqueur et chrétien, d’où résulte un duo d’un sentiment héroïque. Clovis arrive sur une prière que Clotilde adresse à Dieu pour qu’il bénisse le roi, et tous les deux, transportés de joie, remercient ensemble ou tour à tour le Dieu des humbles, le Dieu des héros qui vient de faire briller aux yeux du roi vainqueur le flambeau de la foi. Tout naturellement Clovis fait le récit de la bataille de Tolbiac, pour donner au musicien l’occasion de faire sonner tous les cuivres de l’orchestre, et puis les trois personnages de la cantate, réunis au pied des autels du vrai Dieu, célèbrent le triomphe du Christ au bruit des harpes sacrées. Tel est le dénoûment de cette scène lyrique, qui a été choisie entre trente-huit pièces de vers envoyées au concours.

La première cantate qui a été exécutée est de M. Charles-Joseph Colin, élève de M. Ambroise Thomas et feu Ad. Adam, membre de l’Institut. C’est une œuvre d’une valeur réelle, qui promet à la France un musicien original, unissant l’imagination à la science. Elle débute par une introduction instrumentale, sur un rythme de marche d’un beau caractère. Elle est orchestrée brillamment et neuve d’effet ainsi que de forme. La romance de Clotilde est empreinte d’un délicieux sentiment de mélancolie et de tendresse, que fait encore ressortir un accompagnement plein de grâce et de finesse. Le duo entre Clotilde et Rémy est écrit pour les voix d’une façon très distinguée. Il y a de la noblesse dans le motif principal, et beaucoup de clarté dans les développements par les voix et par l’orchestre. La prière de Clotilde serait terne, si elle n’était relevée par l’accompagnement des harpes et des violons en sourdine d’un effet neuf et piquant. Le duo entre Clotilde et Clovis est bien écrit, mais un peu long ; la bataille a de la chaleur et du caractère, mais le morceau capital est le trio final entre Clotilde, Clovis et Rémy. Il est dessiné et conduit avec un art et un goût irréprochables. La déclamation en est vraie, et le caractère dramatique excellent. Il est sonore sans être bruyant ; il est mouvementé sans confusion, et le chant fait explosion sur un unisson des trois voix qui est du plus grand effet. Tout ce trio, dans lequel dominait la puissante voix de Bonnehée, a provoqué les applaudissements de toute la salle. La cantate de M. Colin a été parfaitement chantée par Mlle Henrion, MM. Jourdan et Bonnehée.

Après l’admirable discours de M. Halévy, a eu lieu l’exécution de la cantate de M. Léopold Bizet, premier grand prix, élève de ce maître illustre, qui honore au même degré les lettres et l’art musical. On trouve dans cette œuvre des éclairs mélodiques et des effets d’orchestre qui décèlent un jeune musicien à la fois savant et inspiré. Elle a été applaudie avec le même entrain que celle de M. Colin, et l’on peut dire que les deux lauréats ont obtenu un égal succès. Que ce triomphe cependant ne les enivre pas ! Le chemin qu’ils ont à parcourir est long et périlleux. En quittant Paris pour la noble cité des arts, MM. Bizet et Colin n’oublieront pas sans doute qu’on est en droit d’attendre beaucoup d’eux après l’épreuve solennelle qu’ils viennent de subir, et qu’ils doivent consacrer à l’étude des maîtres de toutes les écoles les trois années qu’ils vont passer loin de nous, au milieu d’un pays si fertile en musiciens inspirés. L’orchestre du Conservatoire, sous la direction de M. Battu, a fort bien exécuté les deux cantates. Les trois artistes de la partie du chant, Mlle Henrion, MM. Jourdan et Bonnehée, ont été souvent applaudis ; c’est la meilleure preuve de leur succès.

ESCUDIER.

    Personnes - 2
  • BIZET, Georges (1838-1875)
  • COLIN, Charles-Joseph (1832-1891)
  • Œuvre - 1
  • Clovis et Clotilde (Burion / Bizet)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Livret - 1
  • Clovis et Clotilde (Amédée Burion)