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La France musicale, 12 octobre 1856 [séance publique de l’Institut]

ACADEMIE DES BEAUX-ARTS. DISTRIBUTION DES PRIX. 

La séance annuelle de l’Académie des beaux-arts a eu lieu samedi dernier, 4 octobre. Cette solennité intéressante avait attiré au palais Mazarin une foule nombreuse et choisie. Longtemps avant l’heure indiquée par le programme, la salle était comble. Plusieurs notabilités du monde aristocratique, de la littérature et des arts, et, ce qui ne gâte jamais rien, un grand nombre de jeunes et jolies femmes, jetaient sur cette réunion un prestige séduisant. L’attrayante variété du programme et la sympathie qui s’attache aux élèves couronnés suffisent pour expliquer l’impatience des spectateurs. A deux heures précises, la séance s’est ouverte sous la présidence de M. Lemaire. Elle a commencé par une ouverture de M. Léonce Cohen, grand prix de 1852, l’un des meilleurs élèves de M. Leborne. M. Léonce Cohen doit à cet habile et profond harmoniste des trésors de science que la jeunesse possède rarement. Mais ce qui lui appartient en propre, c’est l’élégance, le style et la couleur que l’on remarque dans quelques parties de l’œuvre du lauréat, et qui lui ont valu les suffrages des juges les plus compétents.

La séance s’est terminée par l’exécution de la scène qui a remporté le second grand prix de composition musicale. Cette œuvre, intitulée David, a été composée par M. Bizet, élève de M. Halévy et de feu M. Zimmerman. Elle se distingue par la richesse des accompagnements et une bonne entente des masses instrumentales. Elle a même parfois une couleur biblique en harmonie avec le sujet. Mais l’ensemble en est monotone, et les mélodies manquent de variété. Michol, la fille de Saül, croit que David l’a délaissée pour sa sœur, et elle exhale des regrets dans une romance touchante que Mlle Henrion chante avec beaucoup de grâce et d’expression. Mais tout à coup David arrive glorieux et triomphant. Dix mille Philistins ont péri sous ses coups. Il apprend à Michol qu’il l’aime toujours ; la jeune fille est dans le ravissement. Un seul obstacle s’oppose à leur bonheur, c’est la colère de Saül, qu’irritent les succès du jeune héros, et qui, dans un accès de jalousie frénétique, veut le percer de son glaive. David essaye de calmer sa fureur en faisant entendre les sons de sa harpe, dont il accompagne ce chant si poétique et si beau : 
                        Voix du Seigneur, qui dira tes merveilles ?
                        Qui chantera les modes si divers
                        Dont tu ravis le cœur et les oreilles
                        Aux sublimes concerts
                        De l’univers ?
                       Ta voix, Seigneur, ce sont les harmonies,
                        Vagues soupirs de la nuit et du jour,
                        Qui, de la terre aux sphères infinies,
                        Vont porter tour à tour
                        Un chant d’amour.
 
                        Sur le Liban, le cèdre et le brin d’herbe
                        Ont éprouvé ta force et ta douceur.
                        Ton souffle ardent brise l’arbre superbe
                        Et berce l’humble fleur,
                        Voix du Seigneur.

Les chants et la harpe du jeune héros rendent le calme à Saül, qui s’écrie : 
                        Ah ! loin de vous le souvenir ! 
                        Ne craignez plus, c’est pour bénir
                        Que je retrouve la mémoire,
                        David, pour bénir ta victoire ;
                        Michol, pour bénir ton amour ; 
                        David, pour fêter ton retour.

En somme, malgré les défauts que nous avons signalés, cette composition révèle un véritable talent au point de vue musical comme au point de vue poétique. Elle était digne des encouragements de l’Académie. Les interprètes, Mlle Henrion, MM. Jourdan et Battaille, n’ont laissé dans l’ombre aucun des passages saillants de l’œuvre couronnée. 

ESCUDIER.

    Personnes - 2
  • BIZET, Georges (1838-1875)
  • COHEN, Léonce (1829-1901)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • David (Gaston d'Albano)