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La France musicale, 20 novembre 1864 [Ivanhoé de Sieg]

THÉÂTRE IMPERIAL DE L’OPÉRA. 
IVANHOÉ. 

Cantate de M. Sieg, couronnée au concours pour le prix de Rome. En vertu d’un arrêté ministériel, qui a soulevé autant de critiques que d’approbations, la cantate couronnée cette année au concours pour le grand prix de Rome, a été exécutée vendredi dernier sur la scène de notre grand Opéra. Cette innovation avait un précédent dont nous avons gardé le plus sympathique souvenir. Nous nous rappelons, en effet, avec un vrai plaisir que la cantate de M. F. Bazin eut l’honneur, alors bien insigne, puisqu’il était exceptionnel, d’être chantée aussi à l’Opéra par des artistes de premier ordre, et dont Mme Stoltz faisait partie, en costume de théâtre, et non en costume de ville, comme cela s’est fait cette fois. Quoi qu’il en soit, l’innovation existe, et nous l’approuvons sans réserve. Mais M. Sieg, l’auteur de la cantate du dernier concours, a-t-il à se féliciter d’en avoir fait la première épreuve ? C’est ce dont il est permis de douter. Nous ne voudrions pas nous montrer sévères envers ce jeune musicien, qui était hier encore un simple écolier ; pourtant il nous serait difficile de cacher que cette composition a été bien froidement accueillie par le public en grande partie officiel qui assistait à cette audition. Le sujet de la cantate était tiré d’Ivanhoé, le célèbre roman de Walter Scott. C’est une scène à trois personnages : Rebecca, Ivanhoé et Bois-Guilbert, c'est-à-dire un soprano, un ténor et un baryton. Les paroles sont de M. V. Roussy, et, certes, elles valent bien celles de beaucoup d’opéras dont le succès n’est plus en question. Nous n’en dirons pas autant de la musique. Il n’y a pas, il est vrai, de fautes d’orthographe musicale : c’est proprement écrit, et les voix sont bien accompagnées. Mais combien nous préfèrerions à ces qualités grammaticales un peu d’inspiration et de poésie ! La science s’acquiert, mais le souffle poétique est un don de la nature ; si on ne l’a pas à vingt ans, à quel âge pourra-t-il venir ? M. Sieg est élève de M. Ambroise Thomas. Ce maître lui a communiqué le goût et la pureté de style qu’on admire avec juste raison dans ses ouvrages, mais il ne pouvait pas lui communiquer l’inspiration. Peut-être lui viendra-t-elle sous le beau ciel de l’Italie, où il va faire son noviciat. Nous le souhaitons pour son avenir, et c’est l’adieu que nous lui adressons avant son départ. La cantate de M. Sieg a été chantée par Mlle de Taisy, MM. Morère et Dumestre. Ces trois artistes ont mis à la faire valoir autant d’âme, de talent et de bonne volonté que s’il se fût agi d’un chef-d’œuvre de Rossini ou de Meyerbeer. Ils ont été applaudis et rappelés après le morceau final : ce n’était que justice. 

M.E.

    Personne - 1
  • SIEG, Charles-Victor (1837-1899)
  • Œuvre - 1
  • Ivanhoé (Roussy / Sieg)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Livret - 1
  • Ivanhoé (Victor Roussy)