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Le Ménestrel, 10 octobre 1852 [séance publique de l’Institut]

ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS.
Séance annuelle pour la distribution des grands prix
(samedi 2 octobre).

L’école romantique a beau faire, les solennités de l’Institut n’ont pas encore perdu leur prestige. Nos dames surtout sont passionnées pour les séances académiques, intrépides à traverser le pont des Arts, malgré vents et marée. Une pluie glaciale, un ciel gros de tempêtes, rien n’a pu les empêcher samedi dernier de prendre d’assaut le palais des Immortels, et une heure avant l’ouverture elles faisaient antichambre sur le quai. La séance, présidée par M. Caristie, a commencé par une ouverture de M. Duprato, pensionnaire de l’Académie de France à Rome. C’est un échantillon de musique de gipsies, un ensemble de motifs chorégraphiques, sautillants, dont quelques-uns ne manquent pas d’une certaine originalité relative : en somme, c’est de la jolie musique, mais celle qui sollicite le cornet à piston, et fait sortir de terre un essaim de polkeuses. Après cette ouverture, M. Blouet est venu lire un rapport de M. Raoul Rochette, secrétaire perpétuel, sur les ouvrages des pensionnaires de l’Académie de France à Rome. Puis a eu lieu la distribution des grands prix de peinture, de sculpture, d’architecture, de gravure en taille douce et de composition musicale. M. Raoul Rochette a donné lecture ensuite d’une notice historique sur la vie et les ouvrages de feu Spontini. Cette intéressante communication a été souvent interrompue par les bravos de l’auditoire, mais quelques coupures l’eussent rendue plus attrayante. La séance s’est terminée, selon l’usage, par l’exécution de la cantate couronnée, le Retour de Virginie, paroles de M. A. Rollet, musique de M. Léonce Cohen, élève de M. Leborne. Cette œuvre, interprétée par Mme Henri Potier (Marguerite), Boulo (Paul), et Merli (missionnaire des Pamplemousses), se compose d’une introduction, airs lointains de danses de nègres ; d’un air chanté par Paul ; d’un duo entre Paul et Marguerite et d’un grand trio, avec prière, annonçant la tempête et la catastrophe. Ces trois ou quatre scènes, traitées avec un talent remarquable, ont reçu le plus sympathique accueil et elles ont pleinement justifié le suffrage du jury. La gracieuse danse des nègres, l’air de Paul, Virginie, ô ma sœur ! notamment l’andante, le duo entremêlé d’un chant de bengalis, et surtout le grand trio de l’orage, morceau capital de la cantate, ont été couverts de bravos. Des parties vocales bien agencées, une phrase mélodique, nette, expressive et bien sentie, des péroraisons qui portent le cachet scénique, une habile instrumentation et d’ingénieux effets d’orchestre, telles sont les qualités qui se révèlent dans la composition du jeune lauréat. Espérons que ces belles promesses d’avenir ne seront point infructueuses, et que nos scènes lyriques auront à bénéficier un jour de cette heureuse organisation musicale. Le fait est que depuis bien longtemps on n’avait si chaleureusement applaudi dans l’enceinte du palais Mazarin. Mme Potier, Boulo et Merli ont obtenu leur part de bravos prodigués à M. Léonce Cohen. Une ou deux fois seulement M. Merli, voulant forcer sa voix, a émis des intonations réprouvées par le code vocal. Mais le missionnaire des Pamplemousses n’ayant péché que par excès de zèle, le public s’est montré juste et clément. D’ailleurs qu’est-ce qu’un petit couac à côté du canon d’alarme du Saint-Géran et des vagues mugissantes qui engloutissent cette pauvre Virginie !....

J. Lovy.

    Personnes - 2
  • COHEN, Léonce (1829-1901)
  • DUPRATO, Jules (1827-1892)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • Retour de Virginie, Le (Auguste Rollet)