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Le Ménestrel, 12 octobre 1862 [séance publique de l’Institut]

INSTITUT IMPÉRIAL DE FRANCE. ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS.

L’Académie des beaux-arts a tenu samedi dernier, 4 octobre, sa séance publique annuelle, sous la présidence de M. Couder. Ces solennités du palais Mazarin ont leur petit cercle d’élus et leur clientèle immuable, tout comme les premières représentations de nos théâtres. Ce n’est pas le même public, il est vrai ; c’est une population spéciale se recrutant en grande partie parmi les gourmets de l’art et de la littérature, ou tenant par quelque attache à la région sereine des palmes vertes ; tous gens cultivant les primeurs calmes et les cueillant avec une avidité fiévreuse. À défaut de bureaux de location, on assiège les salons de nos immortels, on se prosterne devant MM. Pingard, ces grands dispensateurs des faveurs de l’Institut. Ah ! c’est une puissance que les Pingard ! et certes ils ont vu à leurs pieds autant de jolies femmes que dynastie qui vive. Du reste, cette chasse aux billets est un mal endémique chez le peuple parisien, et l’exiguïté de la salle ne sert qu’à faire sévir la maladie avec plus d’intensité. La séance de samedi dernier a commencé par l’audition de M. Samuel David, élève de feu Halévy et de M. F. Bazin. Cette composition brille par une grande richesse d’harmonie, une abondance de modulations qui s’élève souvent jusqu’au luxe, – j’allais dire jusqu’à l’abus, – par une science et une sûreté de mains qui donne les plus solides espérances. M. Samuel David n’est pas resté indifférent aux influences de la nouvelle école allemande. Le cénacle de Weimar semble avoir déposé son esthétique sur cette jeune muse, et déjà elle s’annonce par d’assez vigoureuses pousses germaniques. Il en faut un peu pour tous les goûts. Constatons que l’ouverture a été vivement applaudie. On a lu ensuite le rapport de l’Académie des beaux-arts sur les travaux des pensionnaires de France à Rome. Puis M. Beulé, secrétaire perpétuel, a donné lecture d’une notice sur la vie et les ouvrages de Fromental Halévy, son illustre prédécesseur. […] Après la lecture de cette notice, il a été procédé à la distribution des grands prix de peinture, de sculpture, d’architecture, de gravure et de composition musicale, ainsi qu’au compte-rendu des fondations dont dispose l’Académie, et du concours Bordin. La séance a été terminée par l’exécution de la cantate qui a remporté le prix de Rome, et dont l’auteur est, comme on sait, M. Bourgault-Ducoudray, élève de M. Ambroise Thomas, membre de l’Institut. Louise de Mézières, – c’est le titre de la cantate, – avait pour interprètes MM. Warot et Troy, de l’Opéra-Comique, et Melle Taisy, du grand Opéra. La composition du lauréat a obtenu le suffrage complet de l’auditoire, et nul n’a protesté contre le glorieux verdict du jury des concours, à moins que ce ne fût in petto. La politesse publique a ses lois, mais le cœur de la foule garde toujours un petit coin pour les restrictions mentales. Si Louise de Mézières n’accuse pas une individualité saisissante, elle dénote cependant une imagination que l’on n’est pas habitué de rencontrer aux débuts de nos grands prix de Rome. La mélopée musicale de M. Bourgault-Ducoudray pressent peut-être trop la musique de l’avenir, mais c’est là un pêché de jeunesse que le temps et les études dramatiques ne pourront manquer de modifier à la satisfaction du goût contemporain. 

J. Loyy.

    Personnes - 2
  • BOURGAULT-DUCOUDRAY, Louis-Albert (1840-1910)
  • DAVID , Samuel (1836-1895)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • Louise de Mézières (Édouard Monnais)