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Le Ménestrel, 15 octobre 1854 [séance publique de l’Institut]

ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS. DISTRIBUTION DES PRIX.

La distribution des prix de l’Académie des Beaux-Arts a eu lieu la semaine dernière. Nous n’assistons jamais sans émotion à ces belles fêtes de l’intelligence, où se trouvent réunis pour ainsi dire, le passé, le présent et l’avenir de l’art. La séance était présidée par M. Foster, elle a commencé par une ouverture de M. Charlot, ex-pensionnaire. Ce morceau est habilement traité : l’Andante en majeur ne manque pas de suavité, mais la mélodie nous semble un peu sacrifiée au dessin d’accompagnement ; nous avons remarqué dans l’Allegro, une jolie phrase en la majeur ; la Coda est très bruyante et peu brillante, parce qu’elle se termine en mineur. Toutefois ce morceau promet beaucoup. M. Halévy, nouvellement élu secrétaire perpétuel, succédant à M. Raoul Rochette, a lu un rapport sur les envois de Rome ; les pensionnaires s’y trouvent sévèrement blâmés, sauf les musiciens, et notamment M. Cohen dont la messe a été louée sans réserve par l’Académie. La distribution des prix a été faite ensuite par M. Ambroise Thomas ; pour ne pas sortir de notre spécialité, nous ne nommerons que les prix de composition musicale ; Premier prix : M. Barthe, élève de M. Leborne ; Second prix : M. Delannoy, élève de M. Halévy. […] Nous arrivons à la Cantate de M. Barthe, qui a terminé la séance : les paroles sont de M. Alfred Bunort. C’est un sujet tiré du Dante : il s’agit de Francesca de Rimini, brûlant d’un coupable amour. La musique de M. Barthe est très remarquable : après une introduction instrumentale d’une grande mélancolie, Mlle Lefebvre (Francesca) chante une prière d’un très bon style ; cependant nous n’en approuvons pas le milieu, dont la modulation est trop heurtée ; la seconde scène est la meilleure de l’ouvrage : Francesca prend un livre pour cacher son émotion à son bien-aimé ; ils continuent ensemble cette lecture, qui se trouve parfaitement en rapport avec leurs sentiments, et amène tout naturellement une déclaration passionnée mais contenue jusqu’au moment où l’héroïne oublie trop facilement son titre d’épouse. Cette situation est très bien rendue, par un dessin qui diminue et ralentit insensiblement. La scène finale est l’apparition du mari (Bonnehée), son air est d’un très bel effet ; le trio qui suit contient un Andante où les trois voix sont bien traitées ; seulement il a le tort de revenir deux fois, ce qui ralentit beaucoup la situation ; la phrase finale est digne de l’œuvre, mais nous regrettons de n’entendre ici que le commencement d’une mélodie de violoncelle qui avait été exposée complètement dans l’introduction. Somme toute, cette cantate est pour M. Barthe, un grand succès qui en présage beaucoup d’autres, elle témoigne aussi des bonnes leçons qu’il a reçues de M. Leborne, Professeur au Conservatoire. - Combien de remerciements ne doit-on pas à ce maître modeste et consciencieux, qui a formé notamment l’infortuné Bousquet, MM. Maillard du Prato, Cohen, etc. Nous regrettons, en finissant de ne pouvoir louer l’exécution dans toutes ses parties : Boulo est un artiste d’un talent incontestable, mais le dramatique lui convient peu ; quant à Mlle Lefebvre, Francesca n’a pu nous faire oublier la gentille Nicette du Pré-aux-Clercs, et au moment le plus pathétique, le sourire, malgré nous, venait sur nos lèvres ; - les honneurs ont donc été pour M. Bonnehée, qui est doué d’une magnifique voix, guidée par une belle méthode. M. Bonnehée n’était il y a deux ans qu’un brillant élève, maintenant c’est presque un grand artiste.

Edmond Hocmelle.

    Personnes - 2
  • BARTHE, Adrien (1828-1898)
  • CHARLOT, Joseph-Auguste (1827-1871)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Livret - 1
  • Francesca de Rimini (Émile Bounaure)