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Le Ménestrel, 28 octobre 1883 [séance publique de l’Institut]

Depuis quelques années on grave en petites partitions les cantates des lauréats du prix de Rome. C’est une excellente idée. Quel dommage qu’on ne l’ait pas eue toujours ! Plusieurs de ces ouvrages seront d’un grand intérêt quand leurs auteurs auront atteint le but vers lequel, au sortir du Conservatoire, ils s’élancent avec tant d’ardeur et de si généreuses espérances. Il y a de ces espérances-là qui deviendront bel et bien des réalités, je le souhaite pour les intéressés comme pour nous tous. J’ai eu beaucoup de plaisir à lire le Gladiateur, cantate exécutée l’autre jour à l’Institut et qui a donné le passeport vers la Villa Médicis à M. Paul Vidal, un brillant élève de M. Massenet. Je n’abuserai pas des colonnes du Ménestrel pour une analyse de détail, mais je veux dire un mot de cet ouvrage qui est plus et mieux qu’une promesse. Naturellement je ne demande pas aux concurrents la personnalité. J’aime mieux, à cet âge, les sentir encore un peu élèves et les voir marcher d’un pas ferme, sans doute, mais avec un sage respect et sans trop de velléités d’indépendance, sur la route, où ils suivent le panache blanc des maîtres qu’on est sûr de trouver toujours au chemin de la gloire. Ce qu’il me faut dans ces débutants, c’est le don mélodique qui est indispensable et qui ne s’acquiert pas, et le sentiment dramatique qui est aussi inné. Quant à la science, tout le monde sait qu’elle ne leur a jamais fait défaut (ne fait-elle pas quelquefois leur défaut ?). La lecture de la cantate de M. Vidal me donne en lui pleine confiance. Les récits sont tout justes et ne manquent pas d’ampleur. L’air du ténor est d’une déclamation large. Le duo, qui est presque toujours la partie la mieux réussie de ces petites scènes, est à signaler en entier. C’est un morceau déjà mûr pour la scène. La phrase principale a une grâce voluptueuse tout à fait charmante. Le trio final obligé doit être et est moins séduisant. Mais il termine d’une manière suffisamment rigoureuse cette cantate dont l’ensemble mérite de fixer l’attention des musiciens. Un compliment maintenant à M. Moreau le poète. Il est beaucoup plus difficile qu’on ne le croit d’écrire d’une façon intéressante ces petits drames en dix minutes. Le moule tout fait dans lequel il faut enfermer sa pensée et surtout l’absence de chœur doivent gêner singulièrement l’inspiration. Il n’est que juste de louer l’habileté dont le librettiste a fait preuve, et, si son dénouement rappelle un peu celui d’Hernani, ce n’est pas un mal, au contraire.

    Personne - 1
  • VIDAL, Paul (1863-1931)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Livret - 1
  • Gladiateur, Le (Émile Moreau)