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Le Ménestrel, 31 mai 1840 [prix de Rome]

Académie Royale des Beaux-Arts.
INSTITUT DE FRANCE.
Concours de Composition musicale.

Cette année, le concours de composition musicale a été précédé d’un concours d’essai assez difficile sous le rapport scientifique ; il ne s’agissait rien moins que d’écrire deux fugues à huit voix réelles, et un chœur à six voix avec accompagnement d’orchestre, pour être reçu au concours définitif. Malgré ce surcroît de travail, six candidats ont été admis ; et, samedi dernier, trois d’entr’eux ont obtenu d’être couronnés, l’un premier prix, l’autre second prix, et, enfin le dernier, mention honorable. Le sujet de la scène lyrique à trois voix donné au concours définitif était celui de Loyse de Montfort, formée d’un épisode du temps de la ligue ; cette espèce de petit acte, dû à la plume spirituelle de M. Emile Deschamps, a fourni l’occasion aux concurrens d’écrire une ouverture, une romance, deux duos, deux trios, le tout entremêlé de récitatifs débités et obligés. Dans la scène de M. Bazin, jeune compositeur plein d’avenir, élève de MM. Lecouppey, Dourlen, Halevy et Berton, on a remarqué un style élégant et chaleureux ; et l’art avec lequel ce nouveau premier grand prix sait écrire les voix n’a pas peu contribué à lui assurer la plus belle couronne du concours. Un sentiment exquis des convenances scéniques, et surtout de la déclamation vraie, quoique poétique des paroles, assure à M. Bazin une place distinguée sur nos théâtres d’opéra. Le second prix, M. Baptiste, élève des mêmes professeurs que le précédent, annonce de bonnes dispositions ; nul doute qu’avec du travail cet artiste, encore assez jeune, ne parvienne à mériter d’obtenir de véritables succès. C’est M. Garaudé, élève de son père et de M. Halevy, qui a remporté la mention honorable. L’originalité que nous avons remarquée dans la belle scène lyrique de cet artiste très instruit semblait devoir lui mériter au moins un second prix ; mais le jury a été sévère ; nous ne savons pas trop pourquoi. Parmi les six compositions présentées, celle de MM. Deldevez et Dancla doivent être remarquées comme l’expression la plus vraie d’un talent flexible et de l’entente admirable de l’orchestre. Malheureusement, les scènes, quoique certes à grand orchestre, sont exécutées au piano devant le jury, et cette espèce de rédaction, qui fait aux oreilles l’effet que la gravure produit aux yeux, ne laisse subsister que le trait, en faisant disparaître la couleur. Espérons que bientôt la section de musique de l’Institut avisera aux moyens de donner aux concurrens toutes les garanties d’effet musical que leur position si intéressante réclame, et que l’orchestre du Conservatoire prêtera l’appui de son ensemble admirable à leurs cantates qui, cette année surtout, ont été remarquées de tous ceux qui ont joui de la faveur d’assister au concours. Mmes Dorus-Gras, Rossi, d’Hennin, Stolz, et MM. Ponchard, Alexis Dupont, Roger, Dérivis et Alizard, ont interprété avec beaucoup de zèle les scènes du concours ; et M. Lecouppez et H. Potier ont tenu le piano avec l’habileté que chacun se plaît à leur reconnaître depuis longtemps. 

A.E.

    Personnes - 3
  • BATISTE, Édouard (1820-1876)
  • BAZIN, François (1816-1878)
  • GARAUDÉ, Alexis de (1821-1854)
  • Œuvre - 1
  • Loÿse de Montfort (Deschamps & Pacini / Bazin)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Livret - 1
  • Loyse de Montfort (Émile Deschamps)