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Le Ménestrel, 6 novembre 1887 [séance publique de l’Institut]

L’autre samedi a eu lieu à l’Institut, comme nous l’avons annoncé, la séance publique annuelle de l’Académie des beaux-arts, séance consacrée à la distribution des grands prix de Rome, et où avait lieu l’exécution complète, à orchestre, de la cantate de M. Charpentier, Didon, qui a obtenu cette année le grand prix de composition musicale. Cette séance s’ouvrait par l’exécution d’une ouverture, ou plutôt d’une composition symphonique de M. Paul Vidal, grand prix de 1883, composition intéressante, d’un caractère un peu indéfini, sans doute, mais d’une jolie couleur et d’une facture remarquable. Cette page symphonique a pour titre la Vision de Jeanne D’Arc. Venait ensuite la cantate, Didon, écrite par M. Charpentier sur des vers de M. Augé de Lassus. L’œuvre est vigoureuse, colorée, à la fois poétique et dramatique, avec un sentiment de la scène qui n’est pas absolument commun chez les débutants. De plus, si le compositeur s’y montre très imbu des idées et des formes de la nouvelle école, il ne leur sacrifie pourtant, chose assez rare, ni le rythme ni la tonalité, ces deux éléments essentiels de toute espèce de musique. De plus encore, le sentiment mélodique paraît chez lui remarquable, en même temps que l’orchestre est écrit avec une rare vigueur. En un mot, c’est là une œuvre d’une portée que l’on n’a pas toujours coutume de trouver dans les cantates du concours de Rome. Nous n’en saurions faire ici une analyse détaillée, mais il faut bien signaler le caractère plein de grâce et de mélancolie de l’introduction, dont on retrouve la formule rythmique dans le joli air de Didon, puis le duo de Didon et d’Enée, qui est lui-même très heureux ; toute la scène des amants est d’ailleurs traitée d’une façon supérieure. L’interprétation, très remarquable, a fait ressortir encore la valeur de l’œuvre du jeune compositeur. Mme Yveling Rambaud, pathétique et entraînante, douée d’une voix chaude et sympathique, M. Vergnet, dont on connaît le rare talent et le goût très pur, M. Lauwers enfin, ont fait de leur mieux, et ce mieux a été excellent. M. Charpentier a lieu d’être satisfait de toute façon.

    Personnes - 2
  • CHARPENTIER, Gustave (1860-1956)
  • VIDAL, Paul (1863-1931)
  • Œuvre - 1
  • Didon (Augé de Lassus / Charpentier)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • Didon (Augé de Lassus)