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Le Ménestrel, 8 juillet 1877 [prix de Rome]

LE CONCOURS AU GRAND PRIX DE ROME.

Faute de nouvelles théâtrales vraies ou intéressantes, disons quelques mots des maigres résultats du concours ouvert pour les grands prix de Rome, cette année 1877, section de musique. Dès la première audition des cantates, au Conservatoire, le vendredi 29 juin, le silence obstiné des membres du jury indiquait peu d’enthousiasme pour Rébecca à la fontaine. Évidemment les cantates paraissaient faibles ; chacun des juges avait bien pris ses notes, mais aucun ne se prononçait et tous remettaient au lendemain – après la seconde audition à l’Institut, – le pénible devoir de voter en toute connaissance de cause. Or il advint que la seconde audition ne sut effacer les froides impressions de la première, – d’où suit que la section de musique dut déclarer l’impossibilité, selon elle, de décerner un premier grand prix. Mais les autres sections de l’Académie des Beaux-Arts ne se rendirent pas au premier tour de scrutin et une série de ballottages conduisit les immortels à compromettre jusqu’à leur dîner. Il était tout près de sept heures quand nos académiciens quittèrent l’Institut remettant à l’année 1878 le soin et la possibilité de nommer deux premiers grands prix, aux termes du règlement qui permet de reporter à l’année suivante le grand prix non décerné dans l’année courante. Voici donc nos jeunes compositeurs en herbe ayant en perspective deux grands prix pour l’année 1878. Ce sera un attrait de plus attaché à l’Exposition universelle qui nous prépare de grandes fêtes musicales au Palais du Trocadéro, où, bien certainement, pourront être et seront exécutées les cantates couronnées. C’est la fiche de consolation promise à la déception des concurrents de cette année 1877. Ceux qui s’en consolent moins, ce sont les interprètes des cantates reléguées aux second et troisième plans. On ne saurait s’imaginer tout l’intérêt passionné que prennent les interprètes de chaque cantate pour l’honneur de leur drapeau. Mais, disait en sortant de l’Institut Mlle Mendez, jeune étoile du Conservatoire, qui combattait avec MM. Manoury et Furst pour la cantate de M. Blanc, nous avions mérité le premier prix. M. Gounod m’a certifié que j’avais bien chanté et m’a présentée à M. Lhémann, qui a déclaré que j’avais la physionomie d’une vraie Rébecca ; pourquoi le second prix, alors ? Que va dire M. Carvalho, qui fonde de si grandes espérances sur moi ? Et elle pleurait presque sur le demi triomphe de M. Blanc. Consolez-vous, Mademoiselle Mendez, – et vous tous, interprètes des six cantates entrées en lice, – vos mérites respectifs ne sont point en cause ; vous avez vaillamment combattu pour le drapeau que vous étiez chargés de défendre ; mais devant l’œuvre où ne brille pas la vraie flamme de l’inspiration, la science et le talent demeurent impuissants, et tenez pour certain que, en matière musicale surtout, les meilleurs défenseurs d’une mauvaise cause ne sauraient triompher. Donc, l’an prochain, au même rendez-vous, avec de meilleures chances de succès.

H. MORENO.

    Personnes - 5
  • BLANC, Claudius (1854-1900)
  • BROUTIN, Clément (1851-1889)
  • DALLIER, Henri-Édouard (1849-1934)
  • DUTACQ, Amédée (1848-1929)
  • ROUSSEAU, Samuel (1853-1904)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Livret - 1
  • Rebecca à la fontaine (Pierre Barbier)