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Le Radical, 9 février 1900 [Lancelot de Joncières]

Abrégeons le récit de ce poème bizarre et amorphe : [argument de la pièce / première version].

M. Victorien de Joncières a écrit de la musique là-dessus. Je ne lui reprocherai pas d’avoir choisi la coupe surannée de l’opéra avec les airs, duos, ensembles, etc. – il y a des chefs d’œuvre en ce genre – et le compositeur de Dimitri avait bien le droit de tenter d’écrire sous cette forme un chef-d’œuvre. Mais comment entendre sans lassitude des mélodies dépourvues de style, à peine soutenues par une orchestration indigente, des récitatifs sans expressions, des phrases qui dès leur début laissent prévoir leur développement et leur résolution ? comment ne pas être choqué par l’audition, de thèmes connus, qui rappellent tantôt les œuvres du répertoire concert, tantôt les fantaisies populaires que chacun fredonne.

C’est, au total, de la musique qui n’a ni chair, ni couleur, ni caractère ; du bruit et pas autre chose que du bruit. Je ne vois à extraire de la partition que la scène de Guinèvre et Lancelot au premier acte, alors que la reine murmure caressante : « Nous irons pleins d’extases sans nombre » et l’ensemble de Lancelot et Elaine, au second acte, et encore !

L’Opéra a fort bien encadré ce Lancelot et choisi ses meilleurs interprètes. J’adresse, en bloc, de sincères félicitations, et pour leur talent et pour leur vaillance, à Mmes Delna, Bosman, MM. Vagues, Renaud, Fournets, Bartet et Lafitte.

Alexandre Biguet

 

 […]. Toutes ces lumières étincelant au-dessus des blanches nudités donnent l’impression d’un immense collier de pierres précieuses brillant sur des épaules décolletées ! Peau de bal et ballet d’écrin, quoi !

Le décor où ce ballet nous est offert est des plus ravissants qui soient : un lac limpide, au pied d’un château audacieusement perché, pic sur des roches inaccessibles, comme dans les dessins quasi fantastiques de Gustave Doré. Quand on revoit ce décor, au dernier tableau, avec la barque portant le corps d’Elaine couché sur des fleurs, l’effet en est féerique.

Les costumes des artistes sont fort réussis. Les seigneurs ont tous un casque splendide au premier acte : ils sortaient sans doute de trop bien déjeuner !

M. Renaud est un superbe roi Arthus qui a, à la fois, bonne renommée et ceinture dorée, celle-ci tranchant agréablement sur son beau costume noir. – M. Vaguet est élégant et mince sous le costume couleur de ciel et les armes azurées de Lancelot qui, d’ailleurs, se conduit en brave, paraît-il, bien qu’il soit un bleu. – M. Fournets s’est fait dans un dessus de lit un magnifique costume de cérémonie.

Mme Delna est une reine agréable à voir en ses débordements, qui ne sont pas tous au figuré, et Mme Bosman est tout à fait jolie sous les cheveux blonds ou la cornette blanche d’Elaine.

Quant au livret, sur lequel M. Joncières a fait sa partition, il n’a pas paru à certains d’une actualité palpitante. Mais ça, il fallait bien s’attendre à ce qu’un héros qui a pour devise : Lance l’eau, parût un peu… pompier ! 

Xanrof