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Revue et Gazette musicale de Paris, 12 octobre 1845 [séance publique de l’Institut]

Académie royale des Beaux-Arts. Séance publique annuelle.

Serait-ce pour préparer les jeunes musiciens aux contrariétés qui les attendent à compter du jour où l’Institut les couronne, qu’on leur donne le chagrin d’entendre exécuter leurs œuvres dans une tribune élevée, jouissant de toutes les propriétés d’un étouffoir, et qui n’a pas été plus faite pour des exécutions musicales, que la chapelle même des Quatre-Nations pour des séances d’académie ? Cette idée nous revenait pendant l’exécution de l’ouvrage composé par M. Maillard, lauréat qui a terminé son pèlerinage à Rome, mais qui n’a pas encore commencé celui de la scène lyrique à Paris. En attendant le bienheureux jour où un libretto lui tombera de la main généreuse d’un poète sans préjugé, il travaille pour s’entretenir la main : il compose des préfaces, sans se douter encore de quel genre sera le livre qu’il écrira. Ce n’est vraiment pas sa faute, si le public, en général, n’a pas senti ce qu’il y avait, dès le début de son étude, d’efforts intelligents : le public a besoin de voir les musiciens pour comprendre la musique, et la tribune fatale dérobe l’orchestre à tous les yeux ! La conclusion de son ouverture est chaude, vigoureuse, mais le thème de l’allegro rappelle trop celui de l’ouverture de la Muette : c’est une phrase à refaire, en même temps qu’il faudra resserrer quelques développements. La préface revue et corrigée, M. Maillard demande instamment a passer au livre, c’est-à-dire à l’opéra : nous le demandons aussi pour lui, parce que c’est son droit, et parce que nous le jugeons capable de soutenir l’épreuve avec honneur. Cette année, l’Académie des beaux-arts n’a décerné qu’un second prix de composition musicale : elle a bien fait. Puisque la carrière musicale est si étroite, on ne saurait trop mettre de réserve lorsqu’il s’agit d’y lancer des jeunes gens qui se trompent, et qu’on trompe, hélas ! trop souvent sur leur avenir. Pour obtenir le premier grand prix, nous voudrions qu’on fit preuve manifeste, non seulement de savoir technique, mais d’inspirations réelles ; et quand ce premier grand prix ne serait décerné que tous les cinq ou six ans, il n’y aurait pas grand mal : un quart de siècle ne saurait produire plus de quatre ou cinq hommes d’un talent supérieur, et nous voudrions que le premier grand prix ne fût, autant que possible, décerné qu’à ces hommes-là. Dans la cantate de M. Ortolan, qui n’a obtenu que le second prix, il y a précisément symptôme de ces inspirations que nous cherchons avant tout. Le duo d’Imogine et d’Alvar contient une de ces phrases mélodieuses que le contrepoint seul ne fournit pas. Si, l’année prochaine, avec plus d’habileté, de précision dans l’art de composer, M. Ortolan montre autant de sentiment et de charme, il peut compter sur le premier prix. On sait que l’Académie avait mis au concours la scène lyrique destinée à servir de texte aux jeunes musiciens, et décidé qu’une médaille de 500 francs serait offerte à l’auteur de la scène préférée. Cet honneur et cet avantage sont échus à M. Vieillard, qui naguère avait composé, pour l’honneur seul, tant de cantates qui ont envoyé à Rome tant de lauréats. En rentrant dans la lice, M. Vieillard a prouvé que, mieux que personne, il entendait les conditions du genre, et que, lorsqu’on lui demandait une scène lyrique, il avait le bon esprit de ne pas vouloir l’élever aux dimensions d’un grand opéra. Cette séance musicale était présidée par un musicien, M. Halévy ; dans l’enceinte réservée, on remarquait MM. Spontini, Meyerbeer, Carafa, Adam ; M. Auber n’y était pas […]. M. Ortolan a embrassé M. Halévy, à double titre, comme président et comme maître. Il avait aussi reçu des leçons de feu Berton, et on l’a vu chercher dans l’auditoire la digne veuve de l’illustre compositeur, pour lui donner l’accolade du pieux et touchant souvenir.

P.S. 

    Personnes - 2
  • MAILLART, Aimé (1817-1871)
  • ORTOLAN, Eugène (1824-1891)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • Imogine (Pierre-Ange Vieillard)