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Revue et Gazette musicale de Paris, 14 octobre 1860 [séance publique de l’Institut]

ACADEMIE DES BEAUX-ARTS.

Rien de changé au programme ordinaire, si ce n’est que pour cette fois l’ouverture, par laquelle débute la séance, était de M. Colin, grand prix de 1857, et la cantate qui la termine, de M. Paladilhe, l’un des plus jeunes lauréats connus jusqu’à présent. Lorsque M. Renaud de Vilbac fut couronné en 1844, il n’était âgé que de quinze ans. M. Paladilhe en a tout au plus seize : comme son devancier en gloire juvénile, il est élève de M. Halévy, et, selon l’usage, il va partir, s’il n’est déjà parti, pour la ville éternelle, quoique dans ce moment la musique ne soit pas précisément l’art qu’on y cultive le mieux. Parlons d’abord de l’ouverture, et disons qu’elle est agréable et bien faite : l’auteur y a jeté, sans effort, plusieurs motifs légers et brillants qu’il a fini par marier ensemble avec adresse. Pourquoi M. Colin ne se tirerait-il pas aussi bien d’un opéra tout entier ? Pourquoi ne lui confierait-on pas un libretto ? Pourquoi ne se trouverait-il pas un directeur assez bienveillant pour l’accueillir, l’essayer et plutôt deux fois qu’une ? Cur non ? quià, quid…Tous ces quià, dont nous avons souvent épuisé la liste, sont autant de pavés que l’on jette à la tête des jeunes compositeurs, et qui en écrasent dix-neuf au moins sur vingt ? Alors pourquoi fait-on de jeunes compositeurs qui se font vieux si vite, s’ils n’ont d’autre avenir que d’en rester à ce fatal quià ? Heureusement M. Paladilhe est jeune, infiniment jeune : il a de l’avenir devant lui (ce qui n’empêche pas de s’ennuyer quand on n’y voit jamais autre chose) ; il a étonné le Conservatoire par sa merveilleuse précocité au piano, dans l’harmonie, dans le contre-point et la fugue. S’il a moins surpris l’auditoire de l’Académie des beaux-arts, ce n’est pas qu’il n’ait écrit une bonne cantate sur le texte dramatique à lui fourni par notre cher et excellent confrère, Théodore Anne ; mais cet auditoire n’est jamais fort au courant des choses : il aime et sait très peu la musique ; il entend mal ce qu’on lui chante du haut d’une tribune, où tout se mêle et se confond par excès de sonorité. M. Battu a beau conduire son orchestre en chef d’une habileté parfaite, il ne peut triompher du local et il en résulte que les cantates font peu d’effet. Dans celle de M. Paladilhe nous avons remarqué le solo de cor de l’introduction, supérieurement exécuté par M. Baneux, et les couplets de Frédéric, empreints d’un certain coloris moscovite, convenable à une cantate qui a pour titre : le Czar Ivan IV. Tout le reste est bien écrit, mais nous a semblé peu saillant au point de vue de l’idée ; après cela, c’est peut-être la faute du local.

    Personnes - 2
  • COLIN, Charles-Joseph (1832-1891)
  • PALADILHE, Émile (1844-1926)
  • Œuvre - 1
  • Czar Ivan IV, Le (Anne / Paladilhe)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • Czar Ivan IV, Le (Théodore Anne)