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Revue et Gazette musicale de Paris, 17 janvier 1869 [Daniel de Wintzweiller]

THEATRE LYRIQUE IMPERIAL. Daniel, cantate de M. Wintzweiller. – Mlle Wertheimber dans le Roméo de Vaccaj. Par ordre supérieur, le théâtre Lyrique nous faisait entendre, vendredi dernier, l’une des cantates couronnées l’année dernière par l’Institut. A ceux qui ne s’en souviendraient pas, nous rappellerons que deux concurrents avaient remporté le premier prix ex aequo : MM. Rabuteau et Wintzweiller, tous deux élèves de M. Ambroise Thomas. L’Opéra-Comique doit prochainement nous faire connaître l’œuvre de M. Rabuteau. Avant-hier, le théâtre Lyrique faisait passer au milieu d’une représentation extraordinaire, celle de M. Wintzweiller, et nous devons dire de suite que si, en principe, il n’est peut-être pas favorable aux jeunes auteurs, la veille encore élèves, de faire entendre au public une scène écrite pour le concours d’après le programme académique, cette fois du moins l’épreuve nous a mis en présence d’un musicien d’avenir dont l’œuvre de jeunesse dénote des qualités sérieuses et qui pourrait bien, plus tard, nous apprendre à compter avec lui. Le sujet biblique, Daniel, peu fait pour captiver l’auditoire, l’exécution tant soit peu prématurée, la mise en scène en habit noir sur trois fauteuils présidentiels, tout cela n’était pas, à vrai dire, dans des conditions favorables ; cependant le public s’est plu à reconnaître dans le jeune lauréat un sentiment musical élevé, la crainte de la banalité, une science déjà mûre sinon expérimentée, enfin tout ce qui peut, avec le temps, faire un compositeur de mérite et de talent, le génie ne venant qu’à son heure. Une belle introduction instrumentale sert de portique à cette scène lyrique qui, par ses contours académiques et ses formules d’école, m’a assez fait l’effet d’un projet architectural tel qu’on en voit aux expositions. J’y ai remarqué un joli chant de violon et un allegro fort distingué. Un air de ténor, un duo, un air de basse et un trio final, voilà le bilan de cet essai dramatique. L’air de basse est bien dans la couleur voulue ; c’est de l’oratorio pur sang. Nous devons mentionner une prière d’un sentiment très suave et d’une charmante mélodie. L’orchestre est bien traité quoique les instruments à vent ne rendent pas tous les services désirables ; quant aux voix, il faut reconnaître qu’elles sont écrites un peu haut. Malgré ces réserves, nous faisons tous nos compliments à M. Wintzweiller, dont le coup d’essai donne les meilleures espérances. […]

Paul BERNARD. 

    Personne - 1
  • WINTZWEILLER, Eugène (1844-1870)
  • Œuvre - 1
  • Daniel (Cicile / Wintzweiller)
  • Thèmes - 2
  • Institution – Théâtre-Lyrique
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale