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Revue et Gazette musicale de Paris, 22 octobre 1848 [séance publique de l’Institut]

Académie des beaux-arts. Distribution des Prix. […]

Comme à l’ordinaire, la séance commençait par une ouverture, et celle-ci était de la composition de M. Massé, dont le grand prix date de 1844. Il y a du savoir-faire et du goût dans son œuvre : on y reconnaît une main habile et capable d’écrire quelque chose de plus significatif, car le défaut général de ces ouvertures, qui n’ouvrent rien, c’est de n’avoir que peu ou point de sens appréciable. L’ouverture n’est que la préface du livre ; ce n’est que le sommaire des chapitres qu’il contient : il ne faut donc l’écrire qu’après le livre, mais les jeunes musiciens sont forcés de l’écrire auparavant, par l’excellente raison, que le livre leur manque : le livre veut dire l’opéra. […]

La distribution des prix s’est faite ensuite […] le premier avait été remporté cette année par M. Duprato, élève de M. Leborne ; le second, par M. Bazille, élève de M. Halévy : un deuxième second prix avait été aussi décerné à M. Mathias, élève du même compositeur. La cantate choisie comme texte musical entre soixante et une pièces envoyées au concours est intitulée Damoclès, et a pour auteur M. Paul Lacroix, si connu sous le nom du bibliophile Jacob. Qui ne sait l’histoire de Damoclès ? Qui n’a eu comme lui, soit grand, soit petit, une fois par hasard, ou souvent dans sa vie, quelque pointe d’acier suspendue sur son chef ? L’histoire de Damoclès, c’est notre histoire à tous. M. Paul Lacroix a donc bien fait de la traiter, et, sous le rapport littéraire, il l’a traitée avec talent : sous le rapport musical, il a laissé beaucoup à désirer. La scène n’a pas ce mouvement, cette coupe dramatique dont la musique ne saurait se passer. Damoclès, Lydia, sa fille, et Denys le tyran, voilà les trois personnages. Damoclès se réjouit de sa royauté passagère : Lydia s’en effraie. Assis à une table somptueuse, Damoclès lui chante :

Ce festin doit te plaire,
Toi, qui, matin et soir,
Trempais dans une eau claire
Un morceau de pain noir.

Ces paroles ont fourni au compositeur, M. Duprato, une inspiration véritable, une mélodie charmante, sur laquelle se marient fort bien les voix de Damoclès et de sa fille. Tout le reste de la cantate est estimable, mais on n’y trouve rien que le travail ne puisse donner. Les couplets de Denys se terminant par le refrain : Hélas ! C’est le destin des rois ! sont ce qu’il y a de plus faible ; on dirait que l’auteur était hors d’haleine. A tout prendre, une idée, une lueur, une étincelle, ce n’est pas trop comme garantie d’un avenir musical, mais cela n’est pas à dédaigner. M. Duprato n’a que vingt et un ans : qu’il parte pour l’Italie, et, si l’on y fait encore d’autre musique que celle de la fusillade et de la canonnade, qu’il tâche d’y recueillir une bonne dose de ces inspirations qu’on y respirait jadis avec l’air, et dont sa cantate renferme un échantillon. Mademoiselle Grimm, Bussine et Battaille, trois artistes sortis du Conservatoire, chantaient l’œuvre couronnée. Il est rare de trouver trois plus belles voix réunies à toutes les qualités que l’art du chant exige. L’orchestre, parfaitement conduit par M. Battu, second chef de l’opéra, s’est distingué dans l’accompagnement de la cantate, non moins que dans l’exécution de l’ouverture. […] Meyerbeer assistait à cette séance, où l’on remarquait aussi quatre membres de la section de musique : Spontini, Halévy, Carafa et Adolphe Adam […].

    Personnes - 2
  • DUPRATO, Jules (1827-1892)
  • MASSÉ, Victor (1822-1884)
  • Thèmes - 2
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Prix de Rome – Les envois de Rome
  • Livret - 1
  • Damoclès (Paul Lacroix)