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Revue et Gazette musicale de Paris, 7 janvier 1866 [audition prix de Rome]

CONSERVATOIRE IMPERIAL DE MUSIQUE ET DE DECLAMATION.

Inauguration de la salle restaurée. Exécution de la cantate. Ouverture composée par M. Dubois. LES RIVAUX D’EUX-MEMES, comédie. […]

Renaud dans les jardins d’Armide, la cantate de M. Camille du Locle, mise en musique par M. Lenepveu, avait pour interprètes Mlle Roze et M. Capoul, de l’Opéra-Comique, et M. Petit, du théâtre Lyrique, jeune trio de chanteurs qui ont parfaitement rempli leur mission. Rarement nous avons entendu cantate aussi bien faite et d’un intérêt musical aussi soutenu que celle de M. Lenepveu. L’orchestre y joue un rôle, non moins que les voix, et son intervention, traité d’une main habile, ajoute au drame musical beaucoup de force, de coloris, d’expression. M. Camille Du Locle a bien fait de choisir pour son œuvre des personnages connus et des situations éprouvées : il a réduit en quelques scènes les deux derniers actes d’Armide de Quinault, et il y a trouvé plus qu’il ne lui fallait pour le cadre si restreint d’une cantate, où l’auteur n’a le temps de rien expliquer, de rien développer. Il ne lui restait plus qu’à écrire des vers brillants, passionnés, harmonieux, en prenant le Tasse pour modèle, et nous le félicitons d’y avoir réussi. Citons à l’appui de l’éloge ces vers chantés par Renaud, qui vient d’entendre de loin la voix d’Armide :

C’est l’enchanteresse :
Tout parmi ces bois
Frémit d’allégresse
Aux sons de sa voix !
La rose nouvelle
S’ouvre pour la voir,
Parfumant pour elle
La brise du soir.
Tout ici l’admire,
Et comme mon cœur
Tout ici soupire
D’amoureux bonheur.

Les trois jeunes artistes qui remplissaient les rôles de Renaud, d’Ubalde et d’Armide se retrouvaient chez eux en revenant dans cette salle où ils ont obtenu leurs premiers succès, succès qui les ont conduits au théâtre. Jamais les uns et les autres n’avaient été plus en voix : mais Capoul doit surtout se garder de forcer la sienne. Les belles notes graves de Petit ont charmé par leur ampleur, et Mlle Roze a mérité surtout d’être applaudie dans ce passage charmant :

Hélas ! La beauté, l’amour,
Hélas ! Les plus douces choses
Se fanent comme les roses
Et ne durent qu’un seul jour.

Georges Hainl, encore un élève du Conservatoire, celui-là, mais d’époque un peu moins récente, dirigeait l’orchestre, dans lequel figurait le personnel de la Société des Concerts. La séance de jeudi dernier était donc, à tous égards, une vraie fête de famille.

P.S.

    Personne - 1
  • LENEPVEU, Charles (1840-1910)
  • Thèmes - 2
  • Lieux de musique – Salle du Conservatoire
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale