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Revue et Gazette musicale de Paris, 9 octobre 1853 [séance publique de l’Institut]

Académie des beaux-arts. Séance annuelle. Distribution des prix.

L’affluence est toujours grande à cette séance académique où l’on couronne des jeunes gens qui partent pour la gloire, sans être sûrs d’y arriver ; où l’on rend compte des travaux de ceux qui sont déjà partis depuis quelques temps ; où l’on prononce l’éloge d’un illustre mort, qui désormais a touché le terme de la gloire et de l’art : où, enfin, la musique intervient sous forme d’ouverture et de cantate, au commencement et à la fin. […] Dans le rapport sur les ouvrages envoyés de Rome par les pensionnaires de l’Académie, nous n’avons remarqué qu’un passage à l’adresse de notre spécialité ; c’est la mention d’une messe composée par M. Delehelle, qui a remporté le grand prix de composition musicale il y a deux ans. Cette messe, que le rapport cite avec avantage, n’aurait pas dû venir seule de la villa Medici : on attendait aussi une ouverture pour lui tenir compagnie ; mais il paraît que l’ouverture est restée en route, et il a fallu en improviser une autre. Tant mieux pour M. Napoléon Alkan, qui a saisi l’occasion au vol ! Ce jeune compositeur, élève de MM. Adolphe Adam et Zimmerman, a remporté un second grand prix en 1850. Il n’a pas fait le voyage de Rome, mais il a continué ses études à Paris, et ses progrès ont été remarquables, à en juger par cette ouverture, composée en peu de jours. Ce qui nous en plaît surtout, c’est le caractère mélodique et facile ; c’est l’allure franche et de bonne humeur, qui manque trop souvent aux compositions académiques, dont les auteurs voudraient faire preuve de tout, d’imagination, de savoir, de savoir-faire dans le même morceau, et se fatiguent à la poursuite d’un idéal inaccessible même aux maîtres consommés. L’exécution de la cantate couronnée terminait la séance. Le lauréat, M. Galibert, élève de MM. Halévy et Bazin, avait remporté un second prix en 1851. Le petit drame sur lequel il avait cette fois à s’exercer, lui et ses cinq émules, a pour titre : Le Rocher d’Appenzell. L’auteur nous en est beaucoup trop connu pour que nous nous permettions de juger son œuvre ; mais, comme l’a fort bien dit notre spirituel confrère Fiorentino, dans le feuilleton musical du Constitutionnel : « L’auditoire n’a pu s’empêcher de sourire, lorsque M. le secrétaire perpétuel a prononcé les paroles suivantes : - Cinquante-deux pièces de vers ont été envoyées au concours de cette année ; aucune d’elles ne se trouvant dans les conditions du programme, l’Académie a choisi celle qui portait le n° 64 du concours de 1852, intitulée le Rocher d’Appenzell, et dont l’auteur est M. Édouard Monnais. – Décidément, ajoute notre confrère, la présente année joue de malheur. Non seulement le blé est rare et les raisins sont malades, mais il y a disette de poètes. La source de l’Hélicon est-elle à ce point tarie, et les versants du Parnasse sont-ils devenus si stériles que sur cinquante-deux gerbes d’ivraie, on n’ait pu trouver un seul épi de bon grain ? Bien avisée et bien prudente a été l’Académie de garder en ses greniers l’excédant de la récolte de l’année dernière : aussi quand la bise est venue, elle ne s’est point trouvée dépourvue. » Pour nous qui savons à quoi nous en tenir, la disette de poètes et la bise s’expliquent parfaitement. C’est bien peu de chose qu’une cantate, mais ce peu de chose n’est pas aisé. Trouver pour trois ou quatre scènes une espèce d’action dramatique, y jeter l’émotion du théâtre, sans en avoir les moyens et l’étendue, ce n’est pas aussi commode qu’on pourrait le croire. Dans la cantate de cette année, il s’agissait d’une jeune fille qui, se croyant délaissée par celui qu’elle aime, veut se jeter dans l’abîme, elle et son enfant. L’enfant échappe à ses mains défaillantes ; elle s’évanouit. L’amant revient et lui demande grâce. Le pasteur du canton, qui a sauvé le fils, console la mère et la réconcilie avec son séducteur, qui devient son époux. La partition écrite par M. Galibert sur ce canevas se distingue par une jolie introduction qui transporte dans les montagnes et dans laquelle les cors se répondent en échos. Ensuite, Martha, la jeune fille, chante une berceuse très agréable sur ces paroles : « Dors, mon enfant, dors sur ce lit de mousse. » Le duo de Léopold et de Martha commence bien et finit avec énergie ; mais il y a du vague et de l’indécision dans quelques endroits, ainsi que dans le trio final ; la déclamation y pèche quelquefois par une certaine mollesse que les bonnes intentions semées dans l’orchestre ne rachètent pas toujours. Il faut dire aussi que le local est aussi défavorable que possible à toute exécution musicale. Les sonorités diverses s’y perdent en une confusion qui trompe à chaque instant les calculs du compositeur. Les chanteurs, placés au bord de la tribune, se font mieux entendre que les instruments, et pourtant leur position élevée est loin d’être satisfaisante. M. Galibert avait pour interprètes trois artistes de l’Opéra-Comique : la charmante Mlle Lefebvre a été surtout applaudie après le chant de berceuse qui suit l’introduction. M. Battu conduisait l’orchestre en chef depuis longtemps aguerri à pareille épreuve. Sur les bancs réservés aux académiciens et où toutes les académies étaient représentées, on remarquait MM. Auber, Halévy, Adam, Thomas et Meyerbeer.

P.S.

    Personnes - 3
  • ALKAN, Napoléon  (1826-1906)
  • BOUSQUET, Georges (1818-1854)
  • GALIBERT, Charles (1826-1858)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Livret - 1
  • Rocher d'Appenzell, Le (Édouard Monnais)