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Revue musicale, 20 octobre 1832, XII, p. 299-300 [séance publique de l’Institut]

Nouvelles de Paris. INSTITUT DE France. ACADEMIE DES BEAUX-ARTS. Séance annuelle (13 octobre). La distribution des grands prix de peinture, de sculpture, d’architecture et de musique, forme, avec l’exécution de la cantate du musicien lauréat, l’objet important de ces séances solennelles de l’Académie des beaux-arts de l’Institut : je passerai donc sous silence la notice de M. Quatremère de Quincy sur la vie et les ouvrages de Cartellier, sculpteur distingué dont les travaux ne sont point de ma compétence. J’ai déjà fait connaître les noms des jeunes artistes qui ont mérité des récompenses de l’Académie sous le rapport de la composition musicale, et l’on sait que le premier grand prix a été décerné à M. Thomas, élève de MM. Lesueur et Barbereau, et que deux accessits ont été accordés, l’un à M. Alkan, élève de M. Zimmermann, l’autre à M. Boisselot, élève de MM. Lesueur et Fétis. Je n’ai donc à parler ici que de l’ouverture pour orchestre de M. Thomas, qui a servi d’introduction à la séance et de la scène du même compositeur qui a obtenu le premier grand prix. Si j’avais jugé de l’ordre dans lequel ces deux morceaux ont dû être produits en raison de leur mérite et du degré d’habilité qu’on y remarque, j’aurais cru que l’ouverture de M. Thomas était l’un de ses premiers essais et que sa cantate est d’une époque postérieure ; mais j’ai appris que c’est précisément le contraire. Il faut croire qu’il y a eu quelque précipitation dans la facture de l’ouverture, car elle est inférieure à la cantate de M. Thomas, non-seulement sous le point de vue de l’inspiration, mais aussi sous l’effet de l’instrumentation. Il paraît que l’usage est de réserver aux anciens pensionnaires de l’école de Rome le droit de composer l’ouverture qu’on exécute chaque année au commencement de la séance, mais que l’artiste auquel appartenait ce droit pour cette année y a renoncé. M. Thomas s’est chargé du soin d’écrire le morceau ; il l’a fait vite et n’a pas aussi bien réussi qu’on pouvait l’espérer d’après le mérite de sa cantate. L’introduction écrite pour des violoncelles a de la monotonie. Dans l’allegro il y a de jolis motifs, mais la seconde partie est un peu vague et le système de modulation ne m’en a point paru heureux. On y remarque aussi quelques combinaisons d’instrumens qui ne semblent pas avoir produit l’effet que l’auteur en attendait. Je me hâte d’en arriver à la cantate dans laquelle brillent des dispositions très heureuses qui peuvent donner de l’espoir pour l’avenir de M. Thomas ; le titre de cette cantate est Hermann et Ketty, la scène est supposée en Suisse. Dès l’introduction, le jeune compositeur a su peindre le site et la situation des personnages et donner à son ouvrage le mérite assez rare de la couleur locale. La chansonnette de son jeune paysan a du naturel sans vulgarité, ce qui n’est pas plus commun. La gradation de l’intérêt est aussi bien marquée, et l’air d’explosion qui termine la cantate est rempli de passion. Je terminerai mes éloges en disant que M. Thomas a su se défendre de cette manie de tout peindre dans le récitatif, manie qui est celle de presque tous les jeunes compositeurs, particulièrement de ceux qui concourent pour le grand prix de l’Institut, et qui donne de la lourdeur à leur style. Une seule observation critique : elle pourra être utile à M. Thomas dans la suite de sa carrière. Elle est relative à sa manière d’employer les voix. Dans la première partie de sa cantate, il a donné à la partie de ténor une étendue convenable ; mais dans la seconde ce ténor descend trop bas et ne produit qu’un effet sourd qui ne répond pas à la pensée de l’auteur. Chaque voix doit être employée dans son caractère et à une étendue sonore dont il ne faut jamais sortir. M. Thomas va partir pour l’Italie. Les jeunes musiciens se plaignent de n’y rien trouver à étudier ; qu’il ne les imite pas dans leur dégoût, et qu’il apprenne des compositeurs italiens, même des plus faibles, l’art de faire chanter avec facilité et d’employer les voix de la manière la plus avantageuse : cet art n’existe que là.

    Personnes - 2
  • FÉTIS, François-Joseph (1784-1871)
  • THOMAS, Ambroise (1811-1896)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale
  • Livret - 1
  • Hermann et Kelly (Amédée de Pastoret)