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Revue musicale, octobre 1828, IV, p. 249-251 [séance publique de l’Institut]

SEANCE ANNUELLE DE L’INSTITUT pour la distribution des prix en composition de musique. Long-temps avant l’heure fixée pour l’ouverture de la séance, une foule de curieux, de tout sexe et de tout âge, montait la garde devant les portes de l’Institut royal de France. A deux heures la salle était envahie, encombrée ; on se précipitait, on s’arrachait les places. La bourgeoisie de la rue Saint-Denis heurtait sans façon l’élégante de la chaussée d’Antin, et la modeste capote du Palais-Royal froissait impitoyablement le somptueux berret et la toque légère de Mme Yvernoi-Larochelle. Au premier coup d’œil on aurait pu croire que les dames seules remplissaient l’enceinte, car on n’apercevait de toutes parts que des rubans et des plumes ombrageant de charmants visages, et flottant au gré de la curiosité féminine ; mais, comme l’a dit le spirituel auteur de Joconde : « Partout où il y a des bergères il y a des bergers. » Un essaim de fashionables, armés d’immenses lorgnettes, obstruait les portes et les couloirs, et devenait, en attendant l’inévitable notice, le point de mire des œillades et des tendres regards. L’ouverture de la séance était fixée à trois heures précises ; elles avaient à peine cessé de sonner que M. Quatremère de Quincy, fidèle observateur de la foi promise, s’avançait à la tribune, lançant des regards obliques sur la foule qui l’environnait, mâchant le jujube classique et déployant d’une main sûre, quoique appesantie par les années, le fatal dossier de la notice biographique…mais : Gardons-nous de rire en ce grave sujet. Respectons l’usage antique et solennel qui veut que, chaque année, un secrétaire perpétuel donne, en forme d’oraison funèbre, quelques renseignements sur la vie et les ouvrages d’un immortel défunt. La coutume porte arrêt ; et l’excellent public, suivant l’usage, en paie les frais tout du long. La notice de M. Quatremère de Quincy a duré trente-cinq minutes ! Pendant ce temps-là les auditeurs, libres de penser à leurs affaires, ont gardé le silence le plus satisfaisant. Après la notice venait le rapport sur les travaux des jeunes pensionnaires de Rome. Au lieu d’un rapport on nous a fait un discours en trois points, dans lequel on a prouvé aux jeunes gens qu’il n’y avait rien à espérer pour eux s’ils ne s’attachaient à copier fidèlement leurs papas, et qu’enfin, hors le classique point de salut. L’orateur nous a semblé naïf ; on ne dit plus maintenant ces choses-là sans rire. Du reste, dans les quelques mots qu’il a consacrés au rapport, nous avons appris avec plaisir que M. Paris, dont la cantate a été couronnée il y a deux ans, méritait de nouveaux éloges, et que ses ouvrages annonçaient au monde musical une future célébrité. Pendant la péroraison du rapporteur, l’orchestre préludait déjà, à la grande satisfaction des auditeurs. Une ouverture était annoncée sur le programme. Elle était de M. Ermel, élève de M. Lesueur, et pensionnaire de Rome. L’Institut a enfin compris que la séance annuelle doit être consacrée toute entière aux jeunes muses. L’ouverture de M. Ermel a obtenu un succès d’enthousiasme. Le public et surtout les artistes présens à cette séance, ont admiré l’élégance du style et la correction de ce charmant ouvrage, qui réunit la grâce Rossinienne à l’énergie entraînante de l’école allemande. M. Ermel peur dès à présent prétendre aux plus grands succès ; nous le recommandons aux directeurs des théâtres lyriques, dans leur propre intérêt plus encore que dans celui du jeune compositeur. Maintenant il nous reste à parler de la cantate qui terminait la séance ; ici notre tâche devient difficile à remplir, car M. Despréaux, qui en est l’auteur, sort de l’école de M. Fétis. Les éloges deviendraient suspects dans notre bouche, et notre critique, quelque consciencieuse qu’elle puisse être, perdrait son cachet d’impartialité. Nous nous bornerons à dire que M. Despréaux a fait preuve d’un véritable talent dans l’instrumentation de son orchestre. Le premier cantabile est gracieux, et la voix y tient la place qu’elle devrait occuper dans tout le reste du morceau ; malheureusement le jeune compositeur l’étouffe trop souvent par son harmonie. Quand l’Institut remplacera-t-il ses cantates usées et décrépites, par des morceaux plus en rapport avec le goût du siècle ? Le compositeur est gêné par les dimensions raccourcies d’un pareil morceaux ; donnez-lui des ouvertures et des morceaux d’ensemble à traiter, et vous pourrez alors le juger.

    Personnes - 2
  • FÉTIS, François-Joseph (1784-1871)
  • ROSS-DESPRÉAUX, Guillaume (1808-)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – concours de composition musicale