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Revue musicale, octobre 1829, VI, p. 254-258 [séance publique de l’Institut]

INSTITUT DE FRANCE. SEANCE ANNUELLE DE L’ACADEMIE DES BEAUX-ARTS. L’Académie royale des beaux-arts de l’Institut jouit du même privilège que l’Académie française, celui de ne point rendre compte de ses travaux annuels dans sa séance publique. N’allons pas croire que ces doctes sociétés gardent le silence parce qu’elles ne font rien. Malgré tant de quolibets débités journellement, les académies ne sont pas si oisives qu’on pense ; elles font même les choses en conscience, car il y a près de quarante ans que l’Académie française travaille à la nouvelle édition de son dictionnaire. Cette académie régale l’assemblée de vers et de prose dans ses séances publiques ; l’Académie des beaux-arts lui donne de la musique et des notices de M. Quatremère ; il n’y a donc point à se plaindre de parcimonie. M. Quatremère de Quincy fait d’ailleurs bonne mesure. On sait ce que c’est qu’une distribution de prix ; il n’est donc pas nécessaire que j’entre dans beaucoup de détails sur celle qui a été faite le 3 de ce mois (octobre) aux élèves qui avaient concouru pour les grands prix de peinture, de sculpture, d’architecture et de musique. Je ferai seulement remarquer que depuis dix ou douze ans le programme imprimé contient un faux matériel, dont M. le secrétaire perpétuel se rend complice en le débitant à haute et intelligible voix. Il y est dit que les conditions du concours de musique sont : 1° un contrepoint à la douzième, à deux et à quatre parties ; 2° un contrepoint quadruple à l’octave ; 3° une fugue à trois sujets et à quatre parties ; 4° une cantate composée d’un récitatif obligé, d’un cantabile, d’un récitatif simple, et terminée par un air de mouvement. Vous croyez peut-être qu’on exige tout cela des spirans au triomphe académique ! Eh bien ! pas un mot, ou du moins peu de chose. Cette kyrielle avait été dressée par des gens inexpérimentés, qui n’avaient point aperçu que les contrepoints doubles à l’octave et autres trouvent leur emploi dans la fugue, dont ils sont les conditions nécessaires ; gens mieux avisés sont venus, qui ont fait supprimer ces inutilités. La fugue elle-même étant une épreuve de capacité, n’a plus été exigée que comme une démonstration de cette capacité pour être admis au concours. Reste donc la cantate seule, et celle-ci n’est pas même faite selon le programme : car que signifient ces expressions de récitatif obligé et de récitatif simple ? Il n’y a qu’une sorte de récitatif dans la musique française : c’est le récitatif accompagné ; quant à ce qu’on nomme récitatif simple, il n’existe que dans l’opéra bouffe italien ; c’est celui qui n’est accompagné que par le clavecin et les basses, et qui remplace le dialogue des opéras comiques français. Il est donc avéré que les conditions du programme ne sont point remplies par les concurrens, ou plutôt que ces conditions ne leur sont point imposées. On voit que ce n’était pas la peine de venir chaque année exciter l’hilarité de l’assemblée par des mots barbares, vides de sens pour elle ; car contrepoint, c’est comme qui dirait grimoire. Il suffira sans doute d’avoir fait remarquer cette étourderie périodique de M. le secrétaire perpétuel, pour qu’il ne la perpétue pas. Une galanterie a été faite au public dans la séance de cette année. La musique étant ce qu’il préfère dans ces occasions solennelles, on lui en a donné un morceau de plus que par le passé. Une ouverture a servi d’introduction à la séance ; une autre ouverture a précédé la cantate. La première est l’ouvrage de M. Boily, ancien pensionnaire du Roi. Elle est remarquable par un heureux choix d’effets d’instrumentation et par l’élégance de ses dispositions. On peut bien y critiquer quelques imitations des procédés rossiniens dans la marche des modulations ; mais on sait que tous les compositeurs inexpérimentés commencent par se faire imitateurs. Telle qu’elle est, l’ouverture de M. Boily doit faire concevoir une opinion avantageuse de ses talens, et l’espoir de lui voir obtenir des succès dans sa carrière future. J’ai moins d’éloges à donner à l’ouverture de M. Barbereau, autre ancien pensionnaire du Roi. Ce morceau est sagement disposé ; mais les idées en sont vulgaires, et l’instrumentation n’offre rien de piquant. Je ne sais quelle sorte de maigreur se fait remarquer dans les proportions de cet ouvrage, quoiqu’il soit assez bruyant. Il est du nombre de ces choses qui ne sont ni bien, ni mal ; et dans les arts c’est un grand mal. Un début est toujours fort difficile à faire, en quelque genre que ce soit ; il commande l’indulgence, et j’en aurais volontiers pour la cantate de M. Prévost : cependant je ne puis dissimuler que son ouvrage est très faible. L’Académie a pensé comme moi, puisqu’elle n’a point accordé de premier grand prix. Le second était-il mérité, rigoureusement parlant ? C’est ce que je ne veux pas examiner, afin de ne point troubler le demi-triomphe de M. Prévost. Je veux d’ailleurs lui tenir compte des difficultés qu’il a eu à vaincre pour mettre de la musique sur des vers anti-lyriques, tels que ceux de la cantate de Cléopâtre. On sait que nos poètes d’opéras ne sont pas fort scrupuleux sur la régularité des hémistiches qu’ils livrent aux musiciens : ceux-ci ont maudit plus d’une fois leurs strophes incuphotiques. Mais rien de ce qui est sorti de leur plume n’est comparable aux vers que M. Vieillard a préparés pour les jeunes Amphions de l’Ecole royale de musique. Quels vers, bon Dieu ! vingt-trois noms propres agréables à chanter, tels que Cydnus, Actium, TyphonPharaon, Alexandrie, Ptolémus ! etc. Neuf vers alexandrins mal césurés pour faire un cantabile ! quatre couplets de quatre vers, sans retour, pour un air de mouvement, et le rests à l’avenant ! Voilà ce que de pauvres élèves ont été chargés de mettre en musique par leurs maîtres, qui auraient reculé devant la difficulté. Cela doit sans doute leur servir d’excuse pour la faiblesse de leur ouvrage ; mail il est cependant de certains défauts que j’ai remarqués dans la musique de M. Prévost, qui sont indépendans de la poésie. Par exemple, la plupart de ses intonations sont défavorables au chanteur, défaut malheureusement trop commun dans la musique des jeunes compositeurs français, qui n’étudient point assez l’art du chant. Le second reproche que j’adresserai à M. Prévost, c’est de n’être pas assez sévère sur le choix de ses mélodies. Par exemple, je ne sais si l’on peut donner le chant à la seconde partie de l’air de mouvement, où la voix est jetée dans le grave sur des tenues qui ne sont justifiées par aucun travail d’orchestre remarquable. J’espère que M. Prévost ne verra dans ma critique que les conseils qu’on peut donner à un homme de son âge, et dont il est encore temps de profiter. Convaincu du peu d’avantage qu’il y a pour les compositeurs dans les formes symétriques et toujours semblables des cantates, l’Académie vient, dit-on, de décider que désormais on ne donnera dans les concours que des morceaux détachés de différens caractères. On ne peut qu’applaudir à cette résolution, dont les résultats seront de donner aux jeunes gens une allure plus franche et plus libre dans leurs productions.

    Personnes - 2
  • FÉTIS, François-Joseph (1784-1871)
  • PRÉVOST, Eugène (1809-1872)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – concours de composition musicale
  • Article de presse -  1
  • Revue musicale, 8 octobre 1831, XI, p. 284 [séance publique de l’Institut]
  • Livret - 1
  • Cléopâtre (Pierre-Ange Vieillard)