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Genre – La mélodie avec orchestre

Il en est des génies comme de certains phares : leur lumière puissante aveugle parfois plus qu’elle ne guide. En matière de mélodie française, les chefs-d’œuvre de Fauré, Duparc, Chausson, Debussy, Ravel ont parfois semblé jaillir de nulle part telle une génération spontanée et miraculeuse. Ne fixer son attention que sur ces sommets serait faire fi d’un siècle entier de réflexions et de batailles en France autour de la question de la mélodie, et particulièrement de la mélodie accompagnée par l’orchestre : depuis les romances orchestrées du début du XIXe siècle, en passant par les premiers accomplissements d’Hector Berlioz (Les Nuits d’été), de Félicien David puis de Saint-Saëns, et pour atteindre enfin au tournant du siècle nouveau à cet âge d’or bien connu. Saint-Saëns écrit à Marie Jaëll, en 1876 : « Si vous avez envie de l’orchestre pour vos lied ne vous gênez pas, le lied avec orchestre est une nécessité sociale ; s’il y en avait, on ne chanterait pas toujours dans les concerts des airs d’opéra qui y font souvent piteuse figure ». Au-delà de cette lutte contre la prédominance écrasante des airs lyriques dans les programmes de concert, le projet artistique se mue en lutte politique : il s’agit de redessiner l’Ars gallica à une époque où l’art allemand fait la conquête de l’Europe. L’orchestration de la mélodie fait l’objet, au sein de l’école française, d’une attention particulièrement minutieuse. La « couleur orchestrale » est au service du poème, généralement perçu comme prévalant à la musique : elle doit permettre au compositeur d’ajuster le vers sur la mélodie « comme un joaillier monte une gemme ». Deux écoles se développent alors parallèlement : celle des « miniaturistes » aux orchestrations économes (Massenet, Dubois, Saint-Saëns…) et celle des symphonistes aux ambitions plus sonores (Duparc, Jaëll, Lili Boulanger…).