BRU ZANE MEDIABASE
Ressources numériques autour de la musique romantique française

Le Ménestrel, 5 novembre 1871 [prix de Rome]

Lundi dernier, au Conservatoire, le prix de Rome a été décerné à M. Serpette, élève d’Ambroise Thomas, par quatre voix sur sept. Les deux voix de MM. Gounod et Membrée se seraient portées sur M. Salvaire, autre disciple du même maître. Il y a donc eu lutte des plus sérieuses entre MM. Serpette et Salvaire, et l’on peut dire que la nouvelle défaite de ce dernier est encore une victoire ! Cependant l’accessit décerné à l’unanimité à M. Salvaire ne lui sera guère une consolation ; et cet accessit, se fût-il transformé en second prix, ce qui devait être, la consolation, pour être plus relevée, n’en guérirait pas davantage la profonde blessure faite au cœur du jeune artiste. C’est à l’un de nos directeurs de théâtres lyriques qu’il appartient d’apporter au noble vaincu le baume bienfaisant d’un bon livret. Que reprochent à M. Salvaire ses juges de concours ? Ceux-ci trop de savoir, ceux-là trop d’énergie et de fougue. Voilà des défauts avec lesquels se fondent les grandes réputations. Avis à MM. Halanzier, de Leuven, du Locle et Martinet. – La nouvelle déception de M. Salvaire ne doit pas rendre injuste envers M. Serpette. Notre collaborateur Arthur Pougin qui assistait au concours, et dont la compétence ne saurait être mise en doute, reproduit ainsi qu’il suit, dans le journal le Soir, ses impressions sur la cantate de M. Serpette : « Considérée dans son ensemble, la composition de M. Serpette est claire, judicieusement bien ordonnée, bien écrite, scénique et mouvementée, d’un style élégant, d’ailleurs, et souple. Le trio, avec prière, qui suit l’introduction est d’une bonne couleur, et conçu dans la vraie forme dramatique. La romance du ténor, dont la poésie est très expressive, conclut musicalement d’une façon élégante et inattendue. Une mélodie charmante, placée dans la bouche de Jeanne D’Arc, est pleine de tendresse et de mélancolie. Quant à la scène indispensable de la vision, elle est étrange, caractéristique, empreinte d’une vraie poésie ; le style en est vigoureux, et, de plus, elle est fort bien accompagnée ». – En attendant que les concours du prix de Rome fassent retour à l’Institut, – ce qui est le vœu unanime aussi bien en musique qu’en peinture, sculpture et architecture, – c’est dans la petite salle des examens du Conservatoire que se dénouent les destinées de nos jeunes compositeurs. Cette année, le jury se composait de MM. Gounod, Félicien David, Mermet, Membrée, Semet, Jules Cohen et Henri Potier. Par un sentiment naturel de délicatesse, M. Ambroise Thomas, qui voyait concourir trois de ses élèves, n’assistait même pas à la séance, présidée par M. Charles Gounod. Un petit discours du président aux assistants a ouvert la séance. M. Gounod leur recommandait, « dans l’intérêt même du concours et de l’indépendance intellectuelle du jury, de se priver de toute espèce de manifestation, de marques d’approbation ou d’improbation, celles-ci pouvant toujours influer d’une manière indirecte sur l’esprit et sur la décision des juges ». Après quoi, la cantate de M. Serpette a été interprétée par Mlle Bloch, MM. Bouhy, et Richard. Celle de M. Salvaire avait pour interprètes : Mlle Priola, MM. Gailhard et Idrac. Le poëme de cette Jeanne D’Arc de concours est de M. Jules Barbier, qui assistait à la séance et semblait incliner pour M. Salvaire.

    Personnes - 2
  • SALVAYRE, Gaston (1847-1916)
  • SERPETTE, Gaston (1846-1904)
  • Thème - 1
  • Prix de Rome – Concours de composition musicale