“Le théâtre impossible” et les origines de l’opérette
La naissance de l’opérette procède d’une synthèse complexe entre danse, musique et théâtre. À leurs débuts, le théâtre des Folies-Concertantes puis Nouvelles et le théâtre des Bouffes-Parisiens se caractérisent tous deux par des répertoires associant pantomime, scène comique, vaudeville et danse, ainsi que des opérettes ou des œuvres apparentées au sein desquelles ces genres se trouvaient fréquemment entremêlés. Au début de l’année 1854, on reconnaissait volontiers que l’aventure dans laquelle se lançaient Hervé et ses collègues des Folies-Concertantes était une gageure. Si en juillet de la même année, le journaliste Charles Worms couvrait d’éloges une saison d’ouverture réussie, une programmation soignée et un théâtre majestueux, il admettait qu’à l’ouverture des Folies-Concertantes, en février 1854, il lui avait semblé qu’“au lieu de Folies Concertantes on eût dû dans l’intérêt de la vérité, appeler cette entreprise bâtardée : Théâtre impossible”. L’opinion de Worms au sujet du travail d’Hervé a évolué au fil du temps – marquée “tant par ses productions musicales et littéraires que par son intelligence dramatique” – mais son impression originale fait écho à la généalogie complexe qui informe les dynamiques institutionnelles et stylistiques propres aux Folies-Concertantes puis Nouvelles à leurs débuts.
Parmi les seize œuvres représentées pour la première fois aux Folies-Concertantes entre février et juillet 1854, on compte dix pantomimes. Lors de la réouverture du lieu sous le nom de Folies-Nouvelles, au mois d’octobre de la même année, trente compositions inédites sont représentées, parmi lesquelles quatorze pantomimes, quatre spectacles tournant essentiellement autour de la danse ou de la scène-comique ainsi que douze opérettes – ou spectacles apparentés. Pour sa saison inaugurale à la salle Lacaze (du 5 juillet au 7 décembre 1855), le théâtre des Bouffes-Parisiens d’Offenbach donne la part belle à l’opérette, la programmation consacrant à ce genre six des dix spectacles lyriques donnés, aux côtés de deux pantomimes et deux spectacles de danse. Si ces répertoires associant différents styles étaient communs aux Folies Concertantes puis Nouvelles et aux Bouffes-Parisiens, au moment de leur inauguration ces derniers pouvaient déjà tirer les enseignements des dix-huit mois d’ancienneté des premiers. Ainsi, en dépit du léger ascendant que prirent les Bouffes-Parisiens dans l’essor de l’opérette, les deux institutions avaient une approche comparable de la pantomime, la scène comique, le vaudeville et la danse. Les ressemblances et les divergences de ces deux institutions dans leur approche de la synthèse des genres fournissent le point de départ des observations de ce texte. Les deux institutions partageaient parfois des préoccupations identiques ; librettistes et compositeurs se heurtaient alors aux mêmes contrariétés. En d’autres occasions, c’est précisément la divergence des questionnements esthétiques qui permet d’appréhender la différence des ambitions musicales et dramatiques à l’œuvre.
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publication date : 24/10/25