La Gazelle ! Valse élégante pour piano
Opus 11.
Inscrite dans la tradition de la valse de concert qui anime les salons français du milieu du XIXe siècle, La Gazelle est le onzième opus de la compositrice et pianiste Louise Guilmant. Formée dans le sillage du brillant piano parisien, l’œuvre joue des codes du genre – balancements souples à trois temps, cantabile immédiatement séduisant, virtuosité de surface – pour les infléchir vers une grâce plus intimiste, pensée d’abord pour l’espace domestique. Ce bref ouvrage publié chez Brandus en 1853 révèle un pan discret de la production féminine pour piano, où la maîtrise du langage harmonique romantique se met au service d’une poétique de l’instant plutôt que de la grande forme. Parue sous l’intitulé complet La Gazelle ! Valse élégante pour piano et dédiée à Charlotte Duchochois, figure de la bourgeoisie boulonnaise du milieu du siècle, la pièce précise son horizon, entre divertissement mondain et écriture exigeante. Après une brève introduction, le thème principal déploie un cantabile souple au-dessus du balancement régulier de la main gauche, bientôt relayé par une succession de couplets modulants qui explorent l’ambitus du clavier en privilégiant la continuité du chant sur la démonstration virtuose. Sans chercher l’ampleur formelle ni la virtuosité expansive des grandes valses brillantes de Chopin ou de Weber, La Gazelle cultive plutôt l’éclat et la grâce instantanée, au gré de contrastes de dynamique, de suspensions, de petites cadences ornementales qui concourent à composer une miniature scintillante, où la souplesse et le maintien répondent à l’image même du titre.