Théâtre-Lyrique. Les Fiancés de Rosa
Théâtre-Lyrique. […]
LES FIANCÉS DE ROSA.
Ceci est un petit opéra-comique français, en un acte seulement. Il y est question de la fille d’un armurier, condamnée par son père à épouser le plus habile des ouvriers qui forgent dans son atelier. Ils sont trois : Nigel, Gordie et Georges. Nigel est aimé de Rosa ; Georges est un jeune débauché de grande maison qui, pour séduire Rosa, a imaginé de se faire apprenti armurier et de s’introduire sous ce titre dans l’atelier de maître Smith. Mais il a une cousine à qui il est fiancé. Celle-ci, l’ayant suivi, a découvert ses perfides intentions, et aussitôt la jeune Anglaise, de très bonne maison, elle aussi, de se présenter en costume d’ouvrier et sous le même prétexte chez le père Smith. Elle veut surveiller les allures de son perfide amant, et le tablier de cuir qu’elle porte la défigure tellement, que celui-ci ne la reconnaît pas. Le concours est ouvert pour la main de Rosa, Nigel forge une excellente épée ; ses deux rivaux, qui ne savent pas manier le marteau, l’ont payé pour faire leur besogne. Il n’a garde de manquer une si belle occasion de les perdre dans l’esprit du maître, et leur fabrique à chacun une arme grossière qui se romprait à la première épreuve. Smith se voit donc forcé de donner sa fille à Nigel. Mais il apprend que Georges est riche ; aussitôt il découvre que l’épée de Georges est un chef-d’œuvre qu’il avait mal jugé. Georges épousera Rosa. Mais voici venir de nombreux créanciers de Georges ; on va l’arrêter pour dettes. Smith se dit alors : « Pas d’un gendre pareil ! Tous les gendres sont bons, hors le gendre endetté. Si je donnais Rosa au petit Gordie, qui a bien bonne mine ! » Or voilà que Gordie ne veut pas épouser Rosa ; au contraire, il va à la prison pour dettes, paie pour Georges, quitte son tablier de cuir, se fait reconnaître de son cousin, qui, attendri par tant de dévouement, épouse sa cousine Fanny, et Rosa enfin épouse son Nigel, sans trop de colère de la part de Smith, qui reconnaît en Nigel un véritable armurier ; il lui avait d’ailleurs dès longtemps promis sa tille, et le père Smith n’a qu’une parole.
La musique des Fiancés de Rosa est d’une dame dont le talent d’amateur est depuis longtemps connu et reconnu. Mme de Valgrand a, sous un autre nom, fait exécuter dans divers concerts des compositions que le public a accueillies avec une faveur réelle. Son nouvel opéra est bien écrit, sans tâtonnements, d’un style ferme en général et toujours de bon goût. L’ouverture est jolie, bien écrite, et les développements n’en sont point excessifs. Il faut citer un bon quatuor :
Allons, voici l’instant suprême,
pendant lequel, sous les yeux de Smith, les trois rivaux forgent leurs épées ; un air « Adieu donc, adieu » fort bien chanté par Mlle Faivre ; une valse syllabique originale, et un chœur avec solo de soprano qui a produit de l’effet. […]
Hector Berlioz
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publication date : 07/07/26