Lucie de Lammermoor
Opéra en 4 actes, d'après Walter Scott. Traduction de Lucia di Lammermoor (Cammarano / Donizetti, 1835), créée au théâtre de la Renaissance (salle Ventadour). Reprise à l'Académie royale de musique le 20 février 1846.
Gaetano Donizetti compose Lucie de Lammermoor pour la scène parisienne à partir de sa Lucia di Lammermoor créée à Naples en 1835. L’opéra en trois actes, écrit sur un livret d’Alphonse Royer et de Gustave Vaëz d’après The Bride of Lammermoor de Walter Scott, paraît au Théâtre de la Renaissance le 6 août 1839. Dans le Paris des années 1830, où le public réclame les romans historiques et la virtuosité italienne, Donizetti répond en s’imposant comme l’héritier de Rossini et en affrontant la concurrence de Meyerbeer. Le compositeur transforme donc l’ouvrage pour le goût français : il remplace les récitatifs secco par des récitatifs accompagnés, il polit l’orchestre et ajuste la prosodie afin de servir la déclamation. L’action situe Lucie Ashton au cœur d’une lutte de clans et la confronte à la raison d’État familiale qui détruit son amour pour Edgar de Ravenswood. Donizetti fait de cette contrainte un moteur dramatique continu et ordonne la progression musicale avec une précision calculée. Un grand sextuor occupe une place de pivot : il suspend l’action, expose simultanément les consciences déchirées des protagonistes et convertit la crise en polyphonie d’affects. Tout autant remarquable, la scène de folie, écrite pour harmonica de verre, détourne la manière belcantiste dont les vestiges deviennent les symptômes d’une mémoire qui se fissure. La virtuosité, mise au service de la contrainte, n’offre qu’une fausse échappée : la mise en musique de cette version française précise la contrainte sociale et mène, pas à pas, à la fatalité scellée par l’adieu d’Edgar.
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date de publication : 10/02/26
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