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Nocturne en ut mineur op. 48 no 1

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Achevé à l’automne 1841 et publié à Paris chez Schlesinger en novembre, ce nocturne dédié à Laure Duperré – une des élèves favorites de l’auteur – appartient à la phase la plus dense de l’invention chopinienne. Plus développé que la moyenne et d’une gravité peu commune, il pousse le genre hors de la scène intime pour lui donner une ampleur dramatique. L’incipit expose un récitatif sombre : basse quasi pendulaire, ligne oratoire, ponctuation mesurée. Chopin tenait à ce que les premières notes, dépouillées de tout artifice, constituent à elles seules un thème et soient jouées avec le même doigt, pour en unifier le timbre et la déclamation. Le propos reste contenu, la main gauche servant d’ossature rythmique et harmonique à une mélodie qui se dilate par appoggiatures et groupes ornementaux. Soudain un choral étrange et serein suspend le temps : accords homorythmiques, conduite de voix serrée, respiration ample. Brève éclaircie bientôt balayée par un frémissement d’octaves dont la tension harmonique accumulée mène au retour bouleversé du thème initial. Selon un principe esthétique cher aux romantiques, la réexposition ne répète pas : elle reconfigure et psychologise le matériau musical. Tombée presque en abîme, la mélodie finit par s’évaporer, en manière d’épure avant que trois accords pianissimo ne referment la scène. Loin du nocturne de salon, c’est une parole intérieure et architecturée qui a porté le récit : d’abord grave et intime, bientôt éclairée par l’utopie fragile d’un choral lumineux, enfin poussée par un vent d’insurrection qui en révèle la charpente tumultueuse et révoltée. 

Vidéos

Frédéric Chopin : Nocturne en ut mineur op. 48 n° 1 (Jorge Emilio Gonzalez Buajasan)