Prélude en mi mineur op. 28 no 4
Composé entre 1835 et 1839, achevé et révisé à Majorque durant l’hiver passé aux côtés de George Sand, à la Chartreuse de Valldemossa, le cycle des 24 Préludes op. 28 réévalue considérablement les caractéristiques du genre pour en faire un nouveau modèle romantique. Chopin, lecteur quotidien de Bach, conserve l’organisation du cycle, clairement ordonnancé et visitant toutes les tonalités, mais transpose ici l’idée du prélude comme exploration d’un affect unique : il le défonctionnalise, si bel et bien que, comme le dit Vladimir Jankélévitch, son essence est à présent « de ne préluder à rien d’autre qu’à lui-même ». D’une grande concision, le quatrième prélude, en mi mineur, ne compte que quelques 25 mesures et illustre parfaitement ce que Charles Rosen a appelé « la mélancolie sans rhétorique » propre au style tardif de Chopin. La main gauche déroule une série d’accords liés, souvent dissonants ou retardés, que la main droite surmonte d’une ligne mélodique presque nue, d’un dolorisme contenu. Peu avant la fin de l’œuvre, les deux mains du pianiste s’étendent dans l’ambitus du piano et semblent atteindre une acmé très vite abandonnée, avant de conclure dans une discrète dislocation. Alfred Cortot, qui faisait un rapprochement entre cette page et l’Arioso dolente de l’op. 110 de Beethoven, y lisait une « plainte voilée d’une douleur inavouée ». On rapporte que ce prélude fut joué au chevet de Chopin peu avant sa mort, en octobre 1849. La légende veut qu’il ait été son adieu au monde musical, ce qui semble lui avoir conféré, pour la postérité, son caractère d’oraison : sans emphase, mais d’une gravité insondable.
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date de publication : 11/08/25
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